navigation

Voeux musicaux pour la nouvelle année…. Les « harmoniques insoupçonnées » avec John RUTTER 3 janvier 2012

Posté par abbohler dans : Réflexion sur la musique , trackback

Alors que les voeux que nous adressons sont parfois si  « conventionnels »…  Allant même jusqu’à être si tristes tant nous n’y mettons pas du nôtre, à répéter les antiques formules…

Comme si les mots devenaient plats, sans reliefs, sans « harmoniques »….

 

Et pourtant la nouvelle année, c’est l’aube!

     L’aube de tous les possibles,

          L’aube de toutes les capacités…

 

La liturgie chrétienne du 01er janvier, nous donne à entendre la plus belle promesse de bénédiction jamais écrite dans l’Ancien Testament: Celle du Livre des Nombres, dont voici le texte, et que le compositeur anglais John RUTTER a splendidement mise en musique:

 

…Du Livre des Nombres 6, 22-27…

Le Seigneur dit à Moïse :
« Voici comment Aaron et ses descendants béniront les fils d’Israël :
‘Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !’ C’est ainsi que mon nom sera prononcé sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai. »

Voici la mise en musique…. Et une magistrale interprétation du choeur de la cathédrale anglicane saint Paul de Londres.

Image de prévisualisation YouTube

 

La liturgie chrétienne, au 01er janvier début de l’année civile, célèbre en même temps la fin de l’octave de Nativité, par la solennité de sainte Marie, Mère de Dieu.  Pendant 7 jours, la joie de la Nativité a rayonné de tous ses éclats, nous permettant de saisir les aspects de cet élément incontournable de la foi chrétienne: l’Incarnation de Dieu: Dieu S’EST FAIT HOMME en JESUS-CHRIST.

La naissance de Jésus, est également un « possible« , une « capacité« ! Et nous la rendons si fade hélas par notre désespérance, et notre manquement de vu!

Jésus est notre Sauveur, Il se donne à voir à nos yeux de chair, mais paradoxalement, un Sauveur qui ne peut pas encore nous sauver en acte! Nous devrons attendre que tout devienne possible! Que ce salut contenu en « puissance » devienne « acte« ! Avoir la même foi que Syméon, lorsqu’en voyant un Nouveau-Né, il y voit déjà le Salut accompli.

Et en ce premier Jour de l’an, c’est la même dynamique qui est appelée à se déployer pour la nouvelle année à venir!

La musique de John RUTTER permet de faire entendre les « harmoniques insoupçonnées » d’une parole de la Sainte Ecriture!

Même si nous entendons les mots…

Nous n’entendons pas toujours les « harmoniques insoupçonnées« …

Elles sont là, nos oreilles ne peuvent les entendre….

Seul le coeur peut les discerner, s’il sait…

…Tout comme la Vierge Marie, selon saint Luc, « retenir tous ces évènements et les méditer dans son coeur« ….

Ici, le travail musical de John RUTTER, permet de les saisir….

Le compositeur met d’abord en musique cette phrase, une mélodie en 2 sections, chantée une fois à l’unisson et puis harmonisée à 4 voix.

« Que le Seigneur te bénisse et te garde !

Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! « 

 

Il y a d’abord une première section de mélodie pour la phrase « Que le Seigneur te bénisse et te garde« . Elle met d’une part en valeur les mots de » Seigneur » et « toi ». Il y a un vis à vis suggéré, par les valeurs longues accordées à ses deux mots… On prend le temps de donner de l’espace et du temps à ces mots par les valeurs allongées! Ainsi, les personnages de Dieu et de la personne humaine sont quasiment à égalité! Dieu est ici suggéré, par la musique, comme celui qui se fait l’égal de l’homme! Saint Paul le dira dans sa lettre aux Philippiens (Le Seigneur Jésus, de condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur).

D’autant que les mêmes notes répétées plusieurs fois pour « vers toi » (to you), donne un effet de désignation, comme si nous étions montrés du doigt, par le Seigneur:

C’est toi qu’il désigne,

C’est toi qu’il a choisi pour venir vers toi.

Il y a alors comme une relation personnelle avec Dieu!

La bénédiction de Dieu est alors suggérée comme une venue, un dialogue d’égal à égal, avec l’homme!

Il y a aussi une deuxième section de mélodie sur la phrase: « Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! « . Elle met en valeur les verbes « faire briller » et « se pencher ». Un intervalle assez significatif  sur « faire briller », va augmentant  et est répété grâce au procédé d’écriture en marche harmonique. La répétition ainsi obtenue par la marche harmonique sur le verbe actif produit à l’oreille un phénomène d’agrandissement: la lumière brille de plus en plus et nous emmène vers les hauteurs

L’auteur prend une liberté par rapport au texte biblique, car au lieu de demander que le Seigneur se « penche sur toi », il demande que le Seigneur « soit gracieux ». Pour « soit gracieux », la mélodie est ascendante, par mouvement conjoint. Elle semble se retenir… Le procédé d’écriture en marche harmonique descendante fait entre 2 fois l’expression « soit gracieux »… Cela semble freiner l’ascension musicale… La mélodie se termine de manière statique avec une même note, longue et répétée,  sur » Gracieux »…

On semble alors rester en suspension dans les hauteurs… Car on entend le contraste par rapport à la musique pour l’expression « fait briller »… Mais sur cette suspension, l’harmonisation prend le relais et nous fait entendre, avec la reprise en polyphonie de l’ensemble, des chromatismes descendants sur l’expression  « soit grâcieux » .

Ici la grâce semble, en profondeur, loin de l’aigu, produire un fruit… Une richesse… Un déploiement…

En fait « on se penche », non pas pour descendre, mais pour donner du relief et de la profondeur! Comme si l’on restait, immobile et paisible, que quelque chose se creusait discrètement en dessous de la ligne mélodique principale….

On garde une certaine hauteur, mais on intériorise, on médite dans son coeur…

La bénédiction de Dieu est  sa Grâce, qui semble ici produire des fruits, non pas à l’extérieur, mais dans le coeur!

Le compositeur poursuit et met en musique cette phrase, chantée une fois en duo par les enfants, puis repris par le choeur d’homme….

« Que le Seigneur tourne vers toi son visage… »

 

L’auteur prend une deuxième liberté par rapport au texte: parce qu’ici on chante avec les termes de « lumière » et de « sa contenance » au lieu de « visage »: L’auteur semble ici faire un acte de typologie: c’est à dire qu’il traduit en donnant une nouvelle interprétation: la lumière de Dieu est ici déjà l’allusion à la Théophanie de Dieu lors de la Nativité.

La bénédiction de Dieu est aussi cette Révélation: on peut le connaître par « l’illumination de l’intelligence ».

C’est également une allusion à une antienne grégorienne pour le 4ème dimanche de l’avent, pour la communion, où l’on parle de Marie qui engendre en elle celui que le monde ne peut « contenir ». On parle ici de la lumière de Dieu, comme source de connaissance. Ici, Dieu fait briller sa lumière, c’est à dire la connaissance et nous pouvons le « contenir », nous gagnons en profondeur. C’est ce que les mystique Rhénans du XIII-XVème siècle appelle « l’Incarnation de Dieu dans l’âme ».

Alors on entend un phénomène de retrait progressif

En effet la reprise mélodique n’est pas textuelle mais résulte du procédé d’écriture de la marche harmonique descendante…. La polyphonie se réduit pour se concentrer et conduire à un unisson…

C’est un peu comme si Dieu, en « se penchant » vers nous, en « étant gracieux » avec nous, venait nous donner quelque chose d’unique….

 

Le retrait progressif, se fait également par une diminution permanente des nuances…

Tous,

nuances et écritures polyphoniques,

conduisent à un unisson,

qui arrive lorsque…

 

 

 

… Le compositeur met enfin en musique cette phrase, chantée une fois par un unisson d’enfants, reprise par les adultes, puis tout l’ensemble du choeur à l’unisson, et une polyphonie….

« …qu’il t’apporte la paix !’

 

Tout se concentre sur cette répétition: 4 fois on demande que Dieu donne la Paix!

Les 4 manière de demander la paix, sont écrites comme une marche harmonique descendante…. Comme si l’illumination, la lumière et la connaissance de Dieu conduisaient à un bien unique: la Paix!

Et la demande de la paix, semble descendre progressivement, comme un don du ciel!

 

La bénédiction de Dieu est aussi le don de la Paix!

 

 

Sur la dernière invocation commence la réponse du fidèle: le chant de l’amen!

Cette réponse de l’homme est comme une éclosion, un fleurissement! Le hommes commencent à l’unisson, les enfants reprennent, de plus en plus haut percher…  Puis à 2.. Puis à 3… Puis à 4 voix et dont les nuances vont crescendo!

Une élévation, et un élargissement, à l’image d’une fleur qui s’ouvre! Comme si la Paix germait dans la vie des hommes, tout comme la prophétie d’Isaïe, qui dit que le Messie, le Prince de la Paix, va « germer de la souche de Jessé »!

L’Ecriture musicale de cet « amen » semble souligner cette vision prophétique du don de la Paix: un don de Dieu en germe, qui gagne en espace et en hauteur!

 

Mais au lieu de finir dans le triomphe, tout termine dans la discrétion…

La contemplation…

Par la nuance de plus en plus piano…

La Paix de Dieu demeure un don fragile….

Puisse-t-il être alors conservé dans le coeur de chacun…

Et la musique de RUTTER, ravivée les « harmoniques insoupçonnées » de cette magnifique prière biblique!

Laissez-vous porter par cette sublime partition néo-classique, qui a de quoi montrer un rôle nouveau de l’harmonie en musique »: mettre en évidence les « harmoniques insoupçonnées » des Saintes Ecritures!

Qu’elle vous conduise à entendre, ce que le coeur seul, peut comprendre, mais que l’oreille seule ne peut distinguer….

Commentaires»

  1. C’est un beau passage biblique et une belle promesse. Il est vrai que la musique rajoute une dimension en plus!!!!Merci.
    Je n’utiliserai donc pas la formule classique, mais je te souhaite vraiment sincèrement pleins de bonnes choses pour cette nouvelle année.

  2. Grand merci pour cette page musicale peu connue et les explications associées qui apportent un éclairage très lumineux sur cette oeuvre remarquable. Que l’année nouvelle nous imprègne d’autres textes bibliques aussi joliment servis par la Musique.

  3. Merci Gabriel
    A bientôt

  4. Oh my goodness! Awesome article dude! Thanks, However I
    am experiencing issues with your RSS. I don’t know the reason why I cannot subscribe to it.
    Is there anyone else getting the same RSS
    issues? Anyone who knows the answer will you kindly respond?
    Thanx!!

    Feel free to visit my web blog musique chrétienne

Laisser un commentaire

@Jeong-min.com |
aidez nous à sensibiliser |
FLORA MERLEAU |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Dep: dessins et caricatures
| ma passion le crochet
| Doljansky Evelyne