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Alexandre Pierre François BOËLY (1785-1858)… Ou l’ironie de l’Histoire ! 01 15 janvier 2012

Posté par unpretre dans : Manifeste esthétique,Non classé , trackback

Plan détaillé de la première conférence donnée dans le cadre pédagogique du Centre Diocésain de Formation des Organistes (CDFO) de Metz, le 17 décembre 2011 à Metz, et le 14 janvier 2012 à Sarrebourg.

Le cycle se compose de deux conférences. Il a deux finalités:

o    Faire découvrir et analyser du répertoire de la musique liturgique pour orgue.

o    Préparer la « master class » sur BOËLY avec Eric LEBRUN, à l’orgue DALSTEIN-HAERPFER de Niederviller, le samedi 14 avril 2012

1ère partie d’introduction : Commentaire visuel et auditif

Avant d’entrer dans le vif du sujet, prenez le temps d’écouter cet extrait sonore, un des plus célèbres du compositeur… Fantaisie et fugue en Si bémol mineur.

La qualité sonore n’est pas optimum…. Mais observez plutôt le jeu de l’organiste, qui traduit un aspect non négligeable de la spécificité créatrice de BOËLY…

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Sommes nous alors si sur de la soi disant « décadence » de l’orgue durant la première moitié du XIXème siècle. Même si BOËLY semble seul, très à l’écart du « monde médiatique » de son temps; n’est-ce pas trop rapide de dire qu’il faudra attendre FRANCK, et surtout le belge LEMMENS, et à sa suite WIDOR pour redonner à l’orgue des lettres de noblesses? Surtout en ce qui concerne la technique de pédale?

N’est-ce pas BOËLY qui sera le pionnier du « piano pédalier »?  Dans la pièce qui vous avez pu entendre, la technique de pédale est nécessaire! Elle fait partie intégrante de l’écriture contrapuntique, et dans la fugue, elle est traitée à l’égale des voix. Ce qui n’est pas du tout l’apanage de la musique française… Ainsi l’influence de la vision germanique de l’orgue est nette! Ici BOËLY démontre qu’il devance, mais dans l’ombre. Il est précurseur caché, et hélas oublié!

Je pense qu’un bon nombre d’appréciations dépréciatives sur la musique religieuse dans la première moitié du XIXème siècles sont tributaires de la sentence sans retour de Berlioz qui, parlant de la musique religieuse et sacrée, n’emploie guère de ternes élogieux… Mais est-ce que la sentence écrite de Berlioz rend elle bien compte de l’état de la musique religieuse, et en conséquence de l’orgue? Personnellement, je pense que l’on a fait fausse route en donnant une importance quasi exclusive à ses remarques. Elles sont « politiquement » trop engagées, de la part d’un musicien peu enclin aux instruments anciens, et par conséquent, il convient de les nuancer.  Le cas BOËLY est à mon sens un moyen de remettre de la perspective les interprétations « berloziennes » de la musique religieuse.

Deuxième partie d’introduction : commentaire visuel de la gravure de BOËLY à sa console.

Alexandre Pierre François BOËLY (1785-1858)... Ou l'ironie de l'Histoire ! 01 dans Manifeste esthétique Portrait-BOELY-tribune1-171x300

Pour essayer de discerner des éléments caractéristiques de son art voici son portrait en tribune…. Cette gravure aussi en dit long sur la conception musicale de BOËLY…

Au cours de ces 2 conférences, voici le chemin proposé…

1.    En première partie, le volet historique….

o    Présentation historique de BOËLY, surtout en ce qui concerne « l’entre deux » de sa position entre la Révolution française et l’apogée du Romantisme français.
o    Présentation de la place musicale de BOËLY au sein de la littérature d’orgue française et de l’évolution de l’instrument au XIXème siècle.
o    Présentation de son oeuvre d’orgue liturgique: une 2ème vie pour BOËLY.

La synthèse de cette présentation historique tentera de cerner des raisons objectives de cet oubli, que l’on peut qualifier d’injustice? Pourquoi est-il si oublié, alors que son oeuvre d’orgue est l’un des plus importante de tout le XIXème siècle?

Bibliographie donnée en référence et en complément d’étude :
•    Brigitte François-Sappey, Alexandre P. F. Boëly, 1785-1858, ses ancêtres, sa vie, son œuvre, son temps, Paris, Aux Amateurs de Livres, 1989, 630 p. ISBN : 2-905053-58-5. La bibliographie la plus complète
•    Brigitte François-Sappey & Éric Lebrun, Alexandre P. F. Boëly, « collection Horizons », bleu nuit éditeur, Paris 2008. La seconde partie de l’ouvrage est confiée à Éric Lebrun qui examine de près le corpus d’orgue.
•    Article Boëly, par B. François-Sappey, in « Guide de la Musique d’Orgue », Fayard, 1991
•    Paul. Fromageot, Un disciple de Bach, Pierre-François Boëly, Versailles, Librairie L. Bernard, 1909
•    Brenet Michel (pseud. de Marie Bobillier, 1858-1918), Boëly et ses oeuvres de piano. Dans « Bulletin de la Société Internationale de Musicologie » (10, 4) 1914), p. 1-10 ; (10, 5) p. 20-26
•    De saint Foix, Georges., Les premiers pianistes parisiens : A. P. F. Boëly (1785-1858). Dans « Revue de Musicologie » (9, 7-11) 1927-1928, p. 321-344
•    Jean d’Ortigue, Discours prononcé aux obsèques de Boëly. Dans « La maîtrise », 15 janvier 1859
•    Dufourcq Norbert, Autour de Boëly. Dans « Recherches sur la musique française classique » (5) 1965, p. 51
•    Gastoué Amédée (1873-1943), A Great French Organist: Alexandre Boëly and his Works. Dans : The Musical Quarterly » (30) 1944, p. 336-44
•    Morelot Stefen, Artistes contemporains : Alexandre Pierre François Boëly. Dans « Revue de la musique religieuse, populaire et classique s (2) 1846, p. 23-33

2.    En deuxième partie, des commentaires d’écoute pour comprendre la spécificité de son langage, au service de la musique liturgique.

o    L’étude se fera à partir des pièces constituant la « Messe du jour de Noël » de 1842, en particulier l’alternatim du kyrie et du gloria.

o    Cette pratique du commentaire d’écoute, permettra à partir de l’audition, de saisir les éléments importants de l’écriture musicale de BOËLY. D’y montrer l’avance qu’il avait sur son temps, alors que paradoxalement on le prenait pour un démodé et un archaïque.

o    L’analyse tentera de donner le goût d’en jouer et d’en travailler, à la fois pour se perfectionner, mais pour les utiliser en liturgie, parce qu’elles sont brèves et techniquement abordables.

o    Présentation et organisation pratique de « l’alternatim » au sein de la liturgie tridentine. Cette présentation ne se bornera pas à étudier seulement l’organisation musicale déconnectée de la pratique. Mais au contraire elle tentera de présenter tous les aspects de cette pratique, et surtout sa mise en place au sein du rite: Qu’est-ce qui se passait pendant l’alternatim? Sommes nous sure que cela durait longtemps? Quelles sont les actions liturgiques qui se passaient au même moment. On prendra le temps de regarder le titre des pièces d’orgue, et de reconstituer ce qui devait être chanté par la schola.

 

Commentaires auditifs des pièces pour la procession, l’alternatim du  kyrie et du gloria.

o    Rentrée de la procession sur les grands jeux : Sur le « grand jeu à la française », registration caractéristique du XVIIème siècle, BOËLY s’inspire de l’esprit français, à savoir une concision, une brièveté et une légèreté dans la composition, une écriture en dialogue, et une caractérisation faite par un emprunt à la danse.

o    3ème Kyrie : Cette première pièce relève à la fois de la tradition et de la modernité. La tradition se trouve exprimée par un emprunt assez facilement reconnaissable au style de composition de BEAUVARLE-CHARPENTIER, en particulier à sa fugue en sol mineur. La modernité vient du fait, que pour la première fois dans l’écriture française, le thème d’un Noël sert de matériau thématique à un développement fugué ! Or ce développement fugué, montre que BOËLY traite ici le Noël sous aspect abstrait, c’est-à-dire complètement déconnecté à la fois du texte pour lequel la musique a été écrite, et en même temps de l’acte liturgique de la demande de pardon ! Nous alors face à une musique savante et abstraite, pour des thèmes, qui dans la tradition française, ont toujours été traité avec gaieté et sensibilité. Ce qui est la marque d’une esthétique germanique dans le traitement du thème.

o    2ème Christe : L’harmonisation chromatique de ce thème de Noël, lui donne une densité et une gravité peu commune par rapport à l’esprit français qui est plus jovial sur le traitement musical des Noëls anciens. Cette densité peut provenir d’une influence de la musique germanique, comme un traitement de choral.

o    4ème Kyrie : Enoncé du thème, sous forme de dialogue, sur un grand jeu. Le pas de danse y est ici caractéristique. Après cette exposition, comme pour la tradition du XVIIème siècle, une variation en diminution, entre un cornet (pour le thème) et une basse de trompette. Cependant une nouveauté apparaît dans l’organisation de la variation car le thème n’est pas toujours varié ! Il y a une alternance entre une variation diminuée, et une citation textuelle. Cette alternance, ce balancement repose sur cette basse de trompette, dont l’écriture s’apparente au style français.

o    Dernier Kyrie : Dans le même esprit que la pièce précédente, l’organisation est un thème et une variation. L’exposition du thème est à elle seule une curiosité, car elle conduit petit à petit à la variation. Le thème du Noël est exposé au soprano, avec un accompagnement d’accords assez longs, donnant une certaine stabilité. Cependant, ce sont les voix intermédiaires qui, sur les notes finales des parties du thème, vont amener des broderies. Ces broderies vont devenir le matériau rythmique et mélodique de la variation elle même. Pour l’organisation de la variation, le thème est entendu distinctement en alternance. Soit sur la trompette, avec l’accompagnement de la variation dans l’aigu sur le cornet. Soit sur le cornet avec la variation sur la trompette. L’écriture de la variation est quasiment en contrepoint renversable (propre de l’écriture germanique), mais avec ce génie et cette concision française. L’écriture de BOËLY est ici splendide car au moment du renversement, lorsque le thème à la basse, passe au soprano, la variation quant à elle, se poursuit de manière ininterrompue ! Elle passe au dessus et en dessous du thème, sans aucun arrêt : BOËLY atteste son soin tout particulier pour les voix intermédiaires ! La variation s’enchaînant avec l’exposition semble enraciner BOËLY dans les perceptions romantiques de ce style d’écriture.

o    HYMNE DU GLORIA : Domine deus rex caelestis : L’écriture est ici un DUO, entre une « voix humaine » sur laquelle chante le thème de Noël, accompagnée sur une basse de Montre 8. L’écriture y est ici sobre. Cependant la ligne mélodique de basse fait entendre des intervalles descendants peu commun pour la musique française d’orgue. Ainsi, ce DUO peut très facilement faire penser au traitement germanique des chorals. Ici le Noël est traité comme un thème de choral.

o    Domine deus agnus dei. Pièce d’inspiration française, car traitant la musique avec une certaine naïveté propre aux scènes de pastorales. Nous avons ici une forme ABA. A, est l’énoncé du thème dont l’ambiance est très enfantine. Mais cependant, dans les voix intermédiaires nous entendons de petits éléments qui vont conduire à B. La partie B, en contraste saisissant, fait entendre le thème varié, avec un accompagnement d’accords battus. Ce qui n’est pas sans évoquer MOZART ! B est presque un divertissement que l’on pourrait entendre dans une sonate pour piano. La fin de B, va amener une curiosité : une petite formule mélodique très rapide, qui sera reprise en écho sur différentes registrations. Cette petite formule n’est pas sans faire penser à « la flûte enchantée »… A est repris avec de légères modifications.

o    Quoniam tu solus sanctus : D’une manière générale il s’agit d’une monodie accompagnée. Le morceau commence par l’accompagnement sur un fond de 8 pieds. Il est en mineur, lent et assez solennel. Il fait entendre une formule arpégée à la basse. Et d’un seul coup, par contraste direct, sans enchaînement, le thème apparaît en augmentation (en valeur longue par rapport au réel), à la basse, sur un chromorne. Mais le contraste vient surtout du fait que l’on passe subitement en majeur. A ce moment là, on se rend compte que la formule arpégée de l’accompagnement était issue du thème et le préparait. Le thème en augmentation se poursuit, dont l’accompagnement fait lui aussi penser à une traitement germanique. Le thème du choral donne alors un sentiment de détente par rapport à l’introduction. La pièce se termine sur le fond de 8 pieds, seul, dans la même logique que le début du morceau.

   Tu solus altissimus : Pièce sur les grands jeux à la française, faisant entendre un thème célèbre: le « Noël Suisse ». Mais ici, la modernité de BOËLY repose sur le fait que c’est la première fois qu’on traite ce thème de fugue. Le morceau commence donc pour une fugue un peu particulière : on fait entendre le thème, en imitation, faisant apparaître un contre sujet. On développe tout de suite un pont modulant s’inspirant du contre sujet, avant la fin de l’exposition ! Ce début de fugue s’interrompt afin de poursuivre une série de variations, mêlant le thème du Noël et le contre sujet, sous forme d’alternance couplet/refrain. La pièce se termine par une grande coda. Elle n’est pas dénuée d’intérêt parce qu’elle est bâtie avant tout sur le contre sujet et non sur le thème de Noël ! On assiste à une apothéose sur les éléments du contre sujet. Or cette écriture musicale fait écho à un procédé qui a été utilisé par BEETHOVEN, en particulier dans sa célèbre symphonie « héroïque ». Le premier mouvement de cette symphonie fait entendre 2 thèmes, qui vont eux-mêmes faire apparaître un troisième. Ce dernier sera largement déployé et exalté dans le dernier mouvement. Ce procédé « Beethovénien », donnera lui-même naissance à un autre procédé d’écriture exploité par César FRANCK, l’idée d’un thème cyclique : c’est-à-dire que les thèmes vont se générer les uns des autres. Ici BOËLY, dans cette courte pièce se situe dans la continuité de BEETHOVEN dont il était un des rares français de cette époque à le connaître et à l’apprécier.  Mais il prépare la génération suivante dont César FRANCK sera l’une des figures emblématiques. BOËLY est ici vraiment un musicien de « l’entre d’eux ».

   Synthèses des éléments caractéristiques dans le traitement des thèmes des Noëls anciens. Entre tradition et modernité, ou « l’entre d’eux d’une style ».

 

Voici un avant goût sonore avec plusieurs extraits sonores….

 

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Essayer, à partir de ces exemples, de trouver les influences stylistiques, et les discrètes nouveautés faisant de BOËLY un homme vraiment de son temps…. J’irai jusqu’à dire, qui devance très singulièrement les « Noëls » d’Alexandre GUILMANT….

 

 

 

 

Conclusion:

Ecoute de l’offertoire de la messe du jour de Noël.

 

Dernier extrait sonore en prime….

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