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« L’enfance du Christ » de BERLIOZ et « L’enfance de Jésus » de BENOÎT XVI… Un rapport? 27 novembre 2012

Posté par unpretre dans : Commentaires musicaux,Musique liturgique , trackback

Il est une coïncidence extraordinaire lorsqu’on y pense….

Il y a à peine une semaine, le 21 novembre 2012, le pape Benoît XVI rendait public l’ouvrage « L’Enfance de Jésus » qui commente les Evangiles de l’enfance selon saint Luc et saint Mathieu.

Alors que je le lisais en vue d’en faire une recension ce matin lors d’un direct à Radio Jérico-Metz, en me concentrant sur le quatrième chapitre qui traite de la version de saint Mathieu, de l’épisode de Mages et de la fuite en Egypte… Une musique m’est revenue à l’esprit….

… Il y a 10 ans de cela, lorsque j’étais en année de licence à la faculté de musicologie de Metz, je me souviens avoir chanté avec le choeur universitaire, « L’enfance du Christ » d’Hector BERLIOZ (1809-1863)

Oeuvre qui avait été travaillée pendant une année complète et donnée en unique représentation à « l’Arsenal » de Metz en mai 2002. C’était d’ailleurs le directeur du département de musique, Mr Paul PREVOST qui en avait été l’éditeur critique chez CARUS.

Je me souviens très bien du célèbre « choeur des bergers« , qui chante au moment où la Sainte Famille va quitter le pays pour l’Egypte… En voici une version

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Cette oeuvre, Opus 25,  a été crée le 10 décembre 1854 à Paris. BERLIOZ y composa non seulement le texte, mais également la musique. Cette oeuvre est curieuse et reste une entité à part dans l’oeuvre du compositeur. Cette « trilogie sacrée » présente un développement, en forme de trope logogène sur le récit biblique de l’Evangile selon saint Mathieu. Même si le texte s’inspire librement du récit évangélique, il n’empêche que la trame dramaturgique rend compte, et de l’exégèse du texte biblique dans sa contingence historique, mais en même temps dans sa valeur théologique. En son temps BERLIOZ a su conserver une forme de « vérité » par rapport à l’Evangile et à sa théologie, tout en ayant un texte complètement libre!

On pourrait reprendre plusieurs détails du texte de livret, et les éclairer avec les commentaires du pape, pour se rendre compte d’une justesse et d’une pertinence assez incroyable. Surtout lorsque l’on pense que BERLIOZ avait d’abord publié « L’enfance du Christ » sous le nom de Pierre DUCRE, de peur de connaitre un échec parce que s’essayant dans le domaine de la musique religieuse… Ce n’est qu’après le succès que BERLIOZ y dévoila son nom comme compositeur de l’oeuvre! Attardons nous aux commentaires de Benoît XVI pour voir les ponts que nous pourrions faire avec le livret de BERLIOZ

Que dit Benoît XVI sur « l’Enfance de Jésus« ?

benoit-xvi-piano-300x196 dans Musique liturgiqueLe recueil de Benoît XVI « l’enfance de Jésus », publié en français le 21 novembre 2012, est comme il le qualifie lui-même, une « introduction » aux deux tomes « Jésus de Nazareth » qu’il avait publié auparavant.

Il se compose d’un avant-propos, de 4 chapitres et d’un épilogue, répondant à une pédagogie précise : Il est évident que le pape, en tenant compte de tous les éléments exégétiques en ce qui concerne les genres littéraires des récits de l’enfance, met en lumière le métissage complexe avec des références de l’Ancien Testament. Benoît XVI tente de mettre en lumière toutes les incursions de l’Ancien Testament, implicites ou explicites, au sein des récits de l’Enfance, pour précisément montrer qu’en l’Humanité historique du Christ se trouve l’accomplissement des Ecritures !

La dimension dialogale dans son exposée didactique est assez net ! Il commente l’Ecriture dans 2 directions qui sont complémentaires. Premièrement, c’est en l’humanité historique de Jésus-Christ, et dans sa vie concrète, que l’on trouve non seulement l’accomplissement de l’Ecriture, mais en même temps la Nouveauté radicale qu’il est venu apporter. C’est cette Nouveauté radicale qui aujourd’hui encore doit nourrir la foi des fidèles ! Deuxièmement, mais inversement, il tente de montrer qu’à partir des récits dont la construction est volontairement théologique dans ses moindres détails, on trouve avec sûreté, et de manière cachée, la dimension historique de Jésus-Christ.

Cette dimension dialogale se retrouve comme condensé dans les deux figures des apôtres.

L’avant-propos met en lumière la dynamique et la motivation du livre : répondre à l’unique question « Qui est Jésus ? Et d’où vient-il ? ». C’est en ce sens que l’ouvrage dans son intégralité est une introduction aux volumes I et II, qui précisément traitent de l’ensemble de la vie publique et du ministère de Jésus-Christ.

L’épilogue quant à lui, revient sur l’épisode de l’évangile de Luc au Temple, lorsque Jésus avait 12 ans. Sa méditation de ce bref passage conduit le pape à y découvrir tout une récapitulation des récits de l’enfance, mais en même temps, un condensé de tout ce qui va être dit de Jésus-Christ dans le reste de l’Evangile. Ainsi, la boucle est bouclée, parce qu’avec son épilogue, Benoît XVI nous réintroduit précisément dans les propos de ces 2 tomes précédents !

Benoît XVI, au travers de son étude exégétique, en tenant compte de toutes les composantes de l’exégèse moderne, arrive à maintenir et à montrer la pertinence de la Foi de l’Eglise ! Il est évident que, pour lui, elle manifeste le mystère même de la foi de l’Eglise en Jésus-Christ à la fois vrai Dieu et vrai homme ! Il dit cela en ces termes : « … Il devient effectivement évident qu’il est vrai homme et vrai Dieu, comme l’exprime la foi de l’Eglise. Nous ne pouvons définir, en dernière analyse, le profond entrelacement entre l’une et l’autre dimension… »

Quelques réactions personnelles…

Benoit XVI, au sein de sa conclusion, scelle les fondements d’une authentique amorce de « réconciliation », entre exégèse biblique stricte et théologie, entre le « Jésus de l’histoire » et le « Jésus de la Foi des apôtres ». C’est un acte intellectuel, qui portera des fruits et des conséquences nouvelles pour une nouvelle synergie entre science biblique et science théologique !

Mais c’est un acte intellectuel humble, parce que ce n’est pas « au nom du magistère de l’Eglise » dont il est le Pasteur qu’il le fait, mais « en Eglise », c’est-à-dire temps que chercheur parmi d’autres chercheurs. Il le fait en temps que « serviteur des serviteurs » de la recherche ! D’ailleurs il a dit lui-même que son ouvrage reste soumis à la critique scientifique d’autres chercheurs.

Que dit BERLIOZ de « l’Enfance du Christ« ?

La trame littéraire de cette « trilogie sacrée » commence précisément avec l’idée du massacre des premiers nés.

PREMIERE PARTIE:

Le récitant installe la dramaturgie entre la terreur d’Hérode et l’annonce faite aux parents de l’avertissement en songe. Dès le début BERLIOZ semble se détacher de la trame évangélique de Mathieu, car il omet l’épisode des rois mages. Comme les rois mages étaient passés, le monde n’était plus dans l’attente, car on savait qu’un enfant venait de naitre. Et puis l’annonce n’est pas faite aux parents, mais à Joseph seul, de même que ce n’est plus à la crèche mais aux « logis« .

On comprend le choix rédactionnel de BERLIOZ, il veut mettre en avant, la folie d’Hérode et sa paranoïa. Cette paranoïa sera confirmé par la scène 01 et la scène 02. La scène 01, car dans la discussion entre un centurion romain et Polydorus (garde d’Hérode) va mettre en lumière sa folie paranoïaque. La scène 02 n’est autre que le songe d’Hérode qui est ici présenté réellement comme un délire de persécution. BERLIOZ semble se concentrer sur le thème de la folie issue de la folie des hommes, mais en même temps le thème de l’innocence.

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Là où BERLIOZ se détache de l’Evangile, c’est que ce délire de perdre son trône à cause de l’enfant qui vient de naître provient d’un songe, alors que dans la trame littéraire de Mathieu, se sont les mages qui en cherchant le Roi qui vient de naitre, va déclancher son projet de le faire périr, et surtout en apprenant qu’ils sont partis par un autre chemin! La scène 03 entre Polydorus et Hérode va confirmer le délire obsessionnel. Là où BERLIOZ voit très juste, c’est dans la vision psychologique du roi Hérode. Parce que précisément, ce dernier, selon les sources historiques donnée par Benoît XVI dans son 4ème chapitre, confirme bien cette intuition. Le roi Hérode a été par 2 fois infanticide, car 3 de ses enfants sont morts à cause de lui et de sa folie de perdre le pouvoir. On peut dire que le fait de le faire délirer par crise d’angoisse devant une potentielle trahison dans la scène 2 et 3 est pour le coup parfaitement historique! En ce sens, avec le travail exégétique de Benoît XVI, on peut voir que l’intuition dramatique de BERLIOZ concernant la psychologie d’Hérode est complètement juste et historiquement fondée! C’est la scène 4 qui vient « remettre » de l’ordre dans le début, car nous voyons apparaitre les sages qui viennent prédire un oracle. L’oracle confirme la naissance de Jésus. Il est vrai que dans le récit des rois mages selon Mathieu, se sont les sages et les scribes qui attestent la naissance. Par contre, dans le même Evangile, ils ne disent pas que l’enfant qui vient de naitre va renverser le Roi. De même, ils n’encouragent pas non plus Hérode à mener cette persécution, comme dans cette scène 4, où ils sont comme des catalyseurs de la folie conduisant au meurtre infanticide. BERLIOZ, tout en respectant le rôle des sages qui attestent la naissance, leur confère une missions qui diverge. Ils servent complètement la dramaturgie! BERLIOZ diverge encore sur un point en ce qui concerne les sages, puisque ces derniers ne connaissent pas le nom, ni le lieu où réside l’enfant, or dans l’Evangile ils savent que c’est le Messie, et le lieu, en l’occurrence Bethléem! Tout en contraste, la scène 05 est une scène pastorale classique. Cependant Jésus y est décrit par Marie et Joseph comme étant capable de nourrir les brebis et les agneaux présent dans l’étable. Cette scène pastorale altère l’âge de Jésus, car comment est-ce qu’un nouveau-né pourrait-il donner à manger à des agneaux. Cependant la thématique pastorale ainsi déployée permet de rendre compte d’une réalité théologique: Jésus-Christ sera bien le Berger de tous les peuples selon ce qu’en dit le récit de la naissance selon saint Luc. Ce sera le bon Pasteur, le vrai berger comme dira saint Jean, qui donnera lui-même la nourriture à son troupeau comme révèle le Livre de l’Apocalypse! D’ailleurs les récits de la naissance ne disent-ils pas que le nouveau-né est couché dans une mangeoire, précisément parce qu’il se fera nourriture au moment de l’Institution de la Sainte Cène. A travers cette scène 05, BERLIOZ fait un acte herméneutique en présentant Jésus comme la figure du Bon Pasteur: il anticipe théologiquement sur sa mission! En ce sens, les commentaires de Benoît XVI vont vers cette visée narrative que l’ensemble des récits de la Nativité sont là pour nous présenter et attester qui est Jésus, et quelle sera sa mission d’après les Ecritures! A sa manière BERLIOZ a fait de même, car cette scène 05 inventée, inspirée du psaume 22 (23), rend bien compte de qui est Jésus, et ce que sera sa mission! La scène 06 qui clôture cette première partie, est la rencontre entre les anges et la Sainte Famille. Cette rencontre se fait à l’étable. Berlioz respecte le fait que c’est Dieu qui par ses anges, a l’initiative de cette fuite pour protéger l’enfant. Mais Berlioz se détache de la narration de saint Mathieu, car ce dernier dit bien que c’est à Joseph, et en songe qu’on annonce le départ de la fuite en Egypte. Or dans cette scène, ce n’est pas un songe mais une apparition, et elle se fait aux deux personnes. Enfin dans la narration de Mathieu se songe se passe après le départ des mages, donc dans un logis de Bethléem et non à l’étable où il Jésus est né.

DEUXIEME PARTIE:

Il suffirait de faire de même pour se rendre la liberté avec laquelle BERLIOZ compose son livret, mais en même temps, il y a un fond qui est très pertinent dont la reconfigurations des éléments est en connexion avec la démarche de composition des Ecritures…

A suivre….

En attendant la suite du commentaire du livret, voici la fin de cette « Enfance du Christ« , toute tintée de mystère et d’élan spirituel…. Et croyait que cela fut rude de la mettre en place…

On dirait une longue psalmodie, avec un effet d’arrêt sur image… Un contemplation?

En tous cas, je me souviens de l’effet que cela a produit sur le public de la salle de l’Arsenal… Tout le monde est resté en suspension…

Et l’on comprend pourquoi… A vous de juger…

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