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Qui est Jésus? Antienne de la « Racine de Jessé » pour le 19 décembre 20 décembre 2012

Posté par unpretre dans : Commentaires musicaux,Manifeste esthétique,Musique liturgique , trackback

Qui est Jésus? Antienne de la Voici une antienne, dont la musique met en relief certains mots, qui eux-mêmes mettent en lumière, ce que ni le texte, ni la musique ne disent… Autrement dit, comment rendre audible les « non-dits« !

Comme dans un « miroir » qui rend visible ce que nous yeux ne peuvent voir d’eux-mêmes, cette antienne reflète ce qu’elle ne fait pas entendre… Curieux paradoxe! A vous de juger!

Il est vrai que pour entrer dans le mystère de la NATIVITE, la Semaine préparatoire est construite comme un « miroir ». Il s’agit du « miroir d’ERO CRAS ».

Bien sûr ERO CRAS n’est pas une personne, mais tout simplement l’acrostiche que forment les 7 premières lettres des 7 titres qualifiants Celui qui va venir. Mais il s’agit d’un acrostiche construit en « miroir » car le sens des lettres est inversé.

Pour avancer vers la NATIVITE, curieusement nous MARCHONS à RECULONS!

Ces titres permettent de « refléter » le mystère qui va être célébré, car comme le dit la 2ème préface du temps de l’Avent, 7 jours avant nous sommes déjà introduit dans le mystère de Noël!

Venez entendre l’antienne présentant le troisième titre de Celui qui pour nous est né: Radix (racine), lettre « R » de la phrase « ero cRas »…

Ces titres, s’égrainant comme un chapelet par le chant des 7 antiennes « O », permettent de déployer l’identité et de répondre à cette question redoutable: Qui est Jésus? Qui est Celui qui va se manifester?

Nous avons déjà étudié l’antienne du 17 décembre sur la Sagesse, ainsi que l’antienne du 18 décembre sur le Buisson Ardent pour comprendre la place de ces antiennes et ce qu’elles  représentent comme « récapitulation » du temps de l’avent.

Pour le 19 décembre, l’incipit de l’antienne, fait entendre le titre « Radix » tiré de l’épisode biblique de la racine de Jessé contenu à la fois dans le Livre des Rois, de même que dans la prophétie d’Isaïe.

p1000736-224x300 1049 dans Manifeste esthétiqueVoici cette antienne, qui est chantée en l’église abbatiale saint Laurent de HESSE (57) consacrée en 1049 par le pape saint Léon IX.

Selon l’expression de Dom GUERANGER dans « l’année Liturgique », l’antienne « fait crier » ceci à celui qui la chante:

« O Radix Jesse , qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur : veni ad liberandum nos, iam noli tardare ».

Ce qui peut se traduire par:

« Ô Racine de Jessé, signe dressé devant les peuples, vous devant qui les souverains resteront silencieux, vous que les peuples appelleront au secours, venez nous délivrer, venez, ne tardez plus ! »

Pour la mise en musique…

La construction et la structure musicale sont exactement les mêmes que nous avons pu découvrir pour l’analyse des antiennes du 17 et du 18 décembre. Nous retrouvons nettement les 3 parties.

La formule introductive commence avec l’arsis: la cadence suspensive sur l’invocation « O ». Puis la 2ème section (thésis) met en lumière le titre Radix Jesse, c’est à dire Racine de Jessé. Titre que l’on retrouve dans la Prophétie d’Isaïe tout comme dans le Livre des Rois. Il y a une cadence conclusive sur le mot « Jesse ».

Le déploiement littéraire expose précisément cette référence biblique de l’Ancien Testament. La première section (arsis) est en fait en 2 sous-sections. On commence par une forme de cantillation psalmodique sur « Qui stas in signum » conduisant à des mélismes plus fournis mettant en valeur le mot « populorum ». Ces mélismes se terminent par une cadence suspensive. La 2ème sous-section se poursuit alors par la cantillation de type psalmodique sur le reste du texte, conduisant à une  « modulation » qui permet de mettre en valeur le dernier mot latin « suum », c’est à dire l’adverbe « silencieux ». La 2ème section (thésis) fonctionne sur le même principe que nous avions vu pour les antiennes du 17 et 18 décembre. Il y a une cadence suspensive à la fin sur le mot « deprecabuntur« .

La formule conclusive conserve la même structure. L’arsis mettant en exergue le verbe « Veni ». Par contre la 2ème section (thésis) est en fait en 2 sous-sections. D’une part une invocation qui demande à ce que Dieu vienne libérer son peuple. Elle se distingue par une brève cadence suspensive sur le mot « nos ».  Puis une 2ème sous-section, qui d’un point de vue narratif manifeste que la demande se fait de plus en plus pressente à cause de l’expression ajoutée « ne tardez plus« . Une cadence conclusive clôt cette antienne.

Cette antienne se distingue des 2 autres. D’une part par l’équilibre de sa construction: 2 sous-sections pour l’arsis du déploiement littéraire auxquelles répondent les 2 sous-sections de la thésis de la formule conclusive. Distinction également par son déploiement musical, car on peut remarquer qu’il n’y a que 2 cadences conclusives: sur « Jesse » et « tardare« . Tout le reste n’est que cadence suspensive. Cela confère à l’exécution l’expression nécessaire de l’attente ardente, car la musique nous invite toujours à avancer!

Qui est Celui qui va venir avec cette antienne?

Nous voyons bien que cette antienne nous enracine dans la prophétie du Livre d’Isaïe, que l’on trouve à 2 endroits.

Voici déjà l’extrait tiré du chapitre 11:

«  Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur :esprit de sagesse et de discernement,esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur, qui lui inspirera la crainte du Seigneur.Il ne jugera pas d’après les apparences,il ne tranchera pas d’après ce qu’il entend dire. Il jugera les petits avec justice,il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays. Comme un bâton, sa parole frappera le pays,le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant. Justice est la ceinture de ses hanches ; fidélité, le baudrier de ses reins. Le loup habitera avec l’agneau,le léopard se couchera près du chevreau,le veau et le lionceau seront nourris ensemble,un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâturage,leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le boeuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra,sur le trou de la vipère l’enfant étendra la main. Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur ma montagne sainte ;car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David,sera dressée comme un étendard pour les peuples,les nations la chercheront,et la gloire sera sa demeure.

Voici maintenant l’extrait du chapitre 52:

« Comme il est beau de voir courir sur les montagnes le messager qui annonce la paix, le messager de la bonne nouvelle,qui annonce le salut,celui qui vient dire à la cité sainte :« Il est roi, ton Dieu ! » Écoutez la voix des guetteurs,leur appel retentit,c’est un seul cri de joie ;ils voient de leurs yeux le Seigneur qui revient à Sion. Éclatez en cris de joie,ruines de Jérusalem,car le Seigneur a consolé son peuple,il rachète Jérusalem ! Le Seigneur a montré la force divine de son bras aux yeux de toutes les nations. Et, d’un bout à l’autre de la terre,elles verront le salut de notre Dieu. Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ;il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ;il n’avait plus l’aspect d’un fils d’Adam. Et voici qu’il consacrera une multitude de nations ;devant lui les rois resteront bouche bée,car ils verront ce qu’on ne leur avait jamais dit,ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler. »

Cette antienne est en fait un métissage de ces 2 extraits du Livre d’Isaïe. Mais ce métissage permet de déployer la richesse sémantique de la « racine ». La métaphore de la racine est riche pour 2 raisons:

En effet, si nous prenons le temps de considérer la première partie de ce texte d’antienne, nous voyons bien que la référence au Livre d’Isaïe nous plonge dans la dynamique de la généalogie. Qu’est-ce qu’une généalogie si ce n’est la manifestation concrète d’une cohérence historique. L’histoire n’a de sens que lorsqu’elle se prolonge à travers la génération, à l’image d’un fils qui va assembler des tissus provenant de ces ancêtres pour en réaliser un vêtement unique. A travers la généalogie c’est toute la compréhension de la philosophie de l’histoire. La philosophie de l’histoire à cette avantage qu’elle fait une brèche salutaire en chaque personne, l’invitant à sortir d’elle-même et de son univers centré sur soi. La maturité psychologique de l’être humain fait qu’il doit sortir d’un « univers primitif« , qui n’est que le monde où il est au centre. Il doit sortir de ce monde illusoire, où il est en fusion avec lui-même. L’apprentissage de l’altérité, le séparant de son centralisme, le fait entrer dans la dimension historique. Comme disait Bossuet dans sa « Méditation sur la brièveté de la vie« , il y avait des siècles avant que je ne sois, il y aura des siècles après que je ne serai plus, alors pourquoi se concentrer sur ma petite personne. Nous devons naître au monde, au sens fort du terme, nous devons être « mis au monde« . Or être « mis au monde » c’est précisément cette sortie de soi, de cet orgueil primitif d’être le centre de l’univers, pour prendre conscience de cette cohérence historique, au travers de la succession des générations.

Etre « mis au monde« , c’est entrer dans l’Histoire de cette humanité, qui ne se réduit pas à ma petite personne! Même dans la Genèse, si l’homme est le sommet de la Création, il n’empêche qu’il n’est absolument pas au centre! C’est l’Arbre de la Vie et de la Connaissance qui sont au centre de la Création! Ainsi le travail de l’accouchement ne se réduit pas à l’acte même de sortir du ventre de sa mère pour être placé de ce nouvel univers, mais ce travail d’accouchement se poursuit au travers de l’éducation de la personne! On a jamais fini de sortir de soi, pour assumer cette altérité. Ainsi, le Fils de Dieu qui va naitre, ne sera pas Celui qui va prendre l’histoire des hommes en marche! Celui qui va s’y poser comme un OVNI! Au contraire il sera Celui qui va « épouser » l’intégralité de l’histoire de l’humanité depuis ses racines les plus profondes, et lui donner un sens! La formule mélodique mettant en exergue le mot « peuple », atteste bien à la fois l’idée que cette généalogie sera la constitution d’un peuple nouveau, mais une « nouveauté » qui prend « racine » dans l’ancien! La métaphore de la « Racine » nous conduit à considérer cette dimension nuptiale que va incarner la naissance du Fils de Dieu dans l’histoire humaine. Cette métaphore nous ouvrant à la généalogie renforce bien l’idée que Jésus épouse, accompli l’Histoire de l’Ancien Testament. mais il s’agit d’un « rejeton de la racine de Jessé« .

Cette métaphore de la racine se complète par l’image du « rejeton »! Or qu’est-ce que le rejeton, si ce n’est une nouvelle pousse sur un vieille arbre en train de mourir! Avec la métaphore du rejeton, nous voyons alors que Celui qui va naitre sera cette nouveauté radicale et inattendue, poussant sur une « vieille histoire » en train de mourir! Celui qui va naitre, non seulement épousera l’Histoire des hommes, mais va engendrer une humanité nouvelle, que l’on aura encore jamais vu: Il sera l’Homme nouveau! Cette métaphore prépare nos oreilles à entendre la généalogie de Jésus lors de la messe du 24 décembre au soir! Car la généalogie de Jésus selon saint Matthieu manifeste une sorte de rupture, une nouveauté radicale dans la succession des engendrements! La vieille Histoire meurt et renait dans la Naissance de Jésus-Christ! Quelque part la structure narrative de la généalogie et de la naissance de Jésus fait penser au vieux mythe de phoenix! Ici, il y a une Histoire qui meurt, et qui renait dans l’inattendue: et cela condensé dans un même mystère, celui de la personne humaine de Jésus-Christ, le Fils de Dieu! Avec la métaphore du « rejeton », par sa naissance qui fait à la fois mourir et renaitre l’Histoire, nous anticipons déjà la confession de Foi que Jésus accomplit toute la Loi et en même temps inaugure le Royaume de Dieu son Père.

Cependant nous avons pu constater que l’Antienne fait un métissage de 2 extraits du Livre d’Isaïe… Qu’est-ce que l’antienne fait comprendre, de ce que ni la musique, ni le texte ne font entendre directement?

Le texte de l’antienne dit clairement que Celui qui va venir va se constituer un peuple, dont les rois vont se taire. Mais qu’est-ce qui va faire taire les rois? Et tout simplement pourquoi doivent-ils se taire? Au travers du métissages des 2 textes du prophète Isaïe, nous voyons ce que l’antienne ne dit pas: à savoir que la constitution de ce peuple va se faire, d’une part parce que le « rejeton de la racine de Jessé » va se présenter comme un étendard, et d’autre part par parce que la vision du « Serviteur souffrant » va faire taire les rois! On peut alors comprendre ce que l’antienne ne dit pas explicitement! Les « non-dits » deviennent audibles parce que Celui qui va venir sera « présenté » comme un « étendard »: à la fois « l’étendard de l’Enfant nouveau-né » qui concentrera l’accomplissement de la Prophétie et la nouveauté du peuple fondé sur la Justice et la Paix; mais en même temps « l’étendard du serviteur souffrant » qui consacrera le peuple nouveau! La musique a suggéré cela, puisque la « modulation » a mis en exergue l’attitude silencieuse des rois. Si les rois sont silencieux, c’est parce qu’ils doivent contempler le Serviteur Souffrant qui consacre son Peuple! Après l’avoir chanté, la musique nous conduit à comprendre. Elle nous guide vers une compréhension, mais sans pour autant nous la démontrer! La musique est ici suggestive! Ainsi, c’est en entrant par delà la suggestion musical et c’est en comprenant ce qui n’est pas dit, que tout devient alors audible! Nos oreilles s’ouvrent par la suggestion interprétative de la musique! Nous pouvons comprendre, au delà de l’expérience sensible du chant!

En étant invité à contempler Celui qui va venir, nous sommes déjà invités à regarder au delà de sa Naissance! Ici l’antienne nous invite et nous prépare à vivre une expérience de « type sacramentaire« . Qu’est-ce que l’expérience sacramentaire si ce n’est contempler une réalité visible, est y reconnaitre une autre réalité invisible! Ici l’antienne nous préparer à contempler et à regarder Celui qui va venir, qui va naitre parmi les hommes. Ainsi en contemplant sa Sainte Humanité dans sa Naissance, réalité objective du Dieu qui s’est fait vraiment homme, nous sommes déjà invités à y contempler Celui, qui pour nous libérer du péché et de la mort, va souffrir sur la Croix. Dans la Foi, nous sommes invités à confesser que l’Enfant Nouveau-Né couché dans la mangeoire, sera en même temps le Serviteur Souffrant, qui nous consacrera dans la Vérité et dans l’Amour!

Dans la « Racine de Jessé« , nous sommes invités à y reconnaitre déjà « l’Arbre de la Croix« ! Et comme pour le Livre de la Genèse, à la fois « Arbre de Vie », et « Arbre de Connaissance« ! « Arbre de Vie » car c’est là que « coule » du coté ouvert de Jésus-Christ la Source du Salut. Mais en même temps « Arbre de la Connaissance », car c’est en ce lieu que « tout est révélé« , que « tout est accompli »… Alors cette antienne nous prépare à accueillir Celui qui vient, comme « le Centre« , la « Pierre angulaire » de l’histoire et du genre humain: c’est Lui qui nous « mettra au monde« !

Dans « l’Enfant nouveau né », couché dans la mangeoire à Bethléem nous y voyons la « racine de Jessé« , mais déjà nous y voyons le « Serviteur souffrant » sur « l’Arbre de la Croix« . Dans l’un et l’autre cas, nous y voyons le fondement de l’unité entre les hommes. Cette antienne nous introduit déjà pas à pas, dans le mystère même de l’Eglise! Si cette dernière est appelée le nouveau « Peuple de Dieu« , le Concile Vatican II dans la constitution « Lumen Gentium« , rappelle que c’est bien dans le mystère de la Croix que cette réalité devient effective. Ainsi dans l’Enfant Nouveau-né, l’Eglise qui sera « consacrée » au Vendredi Saint, est déjà en germe. De même c’est dans la Sainte Humanité de Jésus, de la crèche à la crucifixion, que l’histoire des Hommes peut trouver unité et sens!

Si dans l’Enfant qui va naître, nous pouvons déjà y voir la source du Salut, alors on peut comprendre pourquoi le texte de l’antienne se fait de plus en plus insistant. C’est le désir d’être sauvé

Alors faisons grandir notre désir par ce « veni »

L’ambiguité mélodique de le séparer du reste de la phrase peut nous suggèrer 2 interprétations… Tout dépend à qui on l’adresse….

Cette demande peut s’adresser à Dieu pour qu’Il vienne (ce qui est le sens complet de la phrase)…

Mais peut-être est-ce une invitation pour ceux qui chantent, de « venir« … Peut-être est-ce déjà l’appel du Seigneur à « venir » et à « voir ».

Alors préparons-nous à VENIR et à VOIR, Celui qui pour nous va naître…

A demain pour découvrir la suite de la préparation….

Commentaires»

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