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Le poète et le cinématographe, ou comment « rêver ensemble le même rêve »! 10 mai 2013

Posté par unpretre dans : Ecrits personnels,Manifeste esthétique,Musique et film , trackback

Dans le cadre du cinquantième anniversaire de la mort de Jean COCTEAU et de la journée d’étude consacrée à ses vitraux, voici l’introduction et l’amorce de développement d’une intervention que j’ai donnée.

Cette journée d’étude a été organisée par l’ACADEMIE NATIONALE de METZ, et à eu lieu au sein de l’église saint Maximin de Metz, où se trouvent les vitraux de Jean COCTEAU, oeuvres si atypiques.

Venez découvrir la beauté des lignes, des formes et des couleurs de ces vitraux uniques de cette église messine.

Voici le programme détaillé de cette manifestation ayant eu lieu les 20 et 21 avril 2013.

Le poète et le cinématographe, ou comment « rêver ensemble le même rêve »! dans Ecrits personnels testament-d-orphee-03-300x225

C’est sur un fond d’écran noir ressemblant à un tableau d’école, qu’apparait petit à petit, un visage dessiné à la craie, et pendant à la vue de cette image Jean COCTEAU prononce lui-même cette phrase :

« Le privilège du cinématographe, c’est qu’il permet à un grand nombre  de personnes de rêver ensemble le même rêve et de montrer en outre, avec la rigueur du réalisme, les fantasmes de l’irréalité, bref c’est un admirable véhicule de poésie. »

                Ainsi commence son dernier film « Le Testament d’Orphée », réalisé en 1959 et sorti dans les salles en 1960. On peut dire qu’en regardant et en entendant cette brève séquence, on peut tout comprendre du génie cinématographique de Jean COCTEAU, ainsi que son manifeste esthétique peu commun.

Il y a plusieurs directions dans la rencontre entre Jean COCTEAU et le cinéma. D’une part il y a les films qu’il écrira et réalisera lui-même, et qui sont construits autour de la recherche créatrice décrite précédemment. Il s’agit d’une sorte de cinéma que l’on peut qualifier de « surréaliste ». On  retrouve ce même manifeste esthétique, présenté avec un procédé similaire, dès le début de son premier film « Le sang d’un poète », réalisé en 1930 et sorti en salle en 1932. C’est-à dire sur fond noir, un texte manuscrit défile à l’écran décrivant ce « leitmotiv obsessionnel» des éléments réalistes permettant la rencontre avec l’irréel. Il y a le film « Orphée », réalisé et sorti dans les salles en 1950. Ce film est sans doute le paroxysme de la rencontre quasi fusionnelle entre le réalisme de son temps, à savoir la fin des années 50, et l’irréel. C’est un aboutissement de la démarche esthétique de Jean COCTEAU au cinéma, car d’un bout à l’autre du film on ne sait si nous sommes dans le réel ou dans l’irréel. Dans la même veine de cette trilogie surréaliste que constituent « Le sang d’un poète »-« Orphée »-« Le testament d’Orphée », il y a « La Belle et la Bête » réalisé et sorti dans les salles en 1946. Même s’il s’inscrit dans le genre « fantastique », on peut dire que Jean COCTEAU en renouvelle complètement le style. D’ailleurs le conte de fée y est complètement sublimé par un jeu d’ombre et de lumière d’une rare maitrise pour les films en noir et blanc.

Comme autre direction, il y a d’autre part les films où Jean COCTEAU adapte et réalise une de ses propres œuvres littéraires. Pour commencer, il y a l’adaptation d’une pièce de théâtre : « L’Aigle à deux têtes », réalisé et sorti dans les salles en 1948. « Les parents terribles » est une adaptation d’une autre pièce de théâtre. Il sera sorti dans les salles également en 1948. Cependant il y a le cas du film « Les enfants terribles » où Jean COCTEAU n’y écrivit que le scénario. Il y adapta son roman portant le même titre, mais c’est le cinéaste Jean-Pierre MELVILLE qui le réalisa et qui sortit dans les salles en 1950.

Enfin comme dernière direction, il y a les films où Jean COCTEAU a participé uniquement à l’élaboration d’un scénario. Il y a entre autre « La comédie du bonheur » réalisé par Marcel L’HERBIER et sorti en salle en  1940. « Le baron fantôme » réalisé par Serge DE POLIGNY et sorti en 1942. « L’éternel retour » réalisé par Jean DELANNOY et sorti dans les salles en 1943. D’autre part « Les dames du bois de Boulogne » réalisé par Robert BRESSON et sorti dans les salles en 1945. « Ruy Blas » réalisé par Pierre BILLON et sorti en salle en 1947. Et enfin « La princesse de Clèves » réalisé par Jean DELANNOY et sortie en salle en 1961.

Notons au passage la réalisation d’un documentaire de 38 minutes en 1950, s’intitulant « La Villa Santo Sospir ». Il a été mis en images par IWANOW, assisté de ROSSIF. Jean COCTEAU avait commencé la décoration des murs de la villa Santo Sospir, à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Le documentaire est fait une visite commentée de ses réalisations.

En sommes Jean COCTEAU a participé au scénario de sept films, et il a écrit et réalisé lui-même six autres films (sans compter le documentaire) entre 1930 et 1960.

Mais ce n’est pas pour autant que son activité cinématographique soit continue et régulière. Elle se concentre avant tout entre 1943 et 1950 où huit films sur treize seront réalisés. Il n’y a que le premier, « Le sang d’un poète » qui se démarque car réalisé en 1930, et sorti dans les salles en 1932. Ce délai fût accompagné d’ailleurs d’un terrible échec ainsi qu’une critique très virulente à son égard. Face à ces attaques il faudra attendre le réalisateur Jean DELANNOY, qui en 1943 avec le succès de « L’éternel retour », lui permettra de renouer définitivement avec le cinéma. Ce qui ne l’empêchera pas de s’éloigner à nouveau avec l’échec d’ « Orphée ». Quant au dernier film qu’il réalisera : « Le testament d’Orphée », il dit lui-même dans le générique : « …Voici le lègue d’un poète aux jeunesses successives qui l’ont toujours soutenu ». Ce film est considéré comme un « testament » du poète cinéaste, sans aucune logique chronologique. Quant à la jeunesse dont il fait allusion, ce n’est autre que « La Nouvelle Vague », car Jean COCTEAU a pu réaliser ce dernier long métrage grâce au mécénat du jeune François TRUFFAUT.

cocteau-1926-lange-heurtebise-217x300 Académie Nationale de Metz dans Manifeste esthétique

Face à tout ce travail, original et diversifié de Jean COCTEAU en faveur du cinéma, nous pourrions tout de même nous demander pourquoi il a décidé d’en faire. Car après tout, il ne commencera avec « Le sang d’un poète » que très tardivement, après l’âge 40 ans, et en étant déjà un auteur littéraire reconnu qui n’avait plus rien à prouver. Les premières traces sont perceptibles dès 1924 lorsque Jean COCTEAU écrivit l’appendice du « Coq et l’Arlequin ». Il voulu  se « perfectionner », « varier les appareils » afin de résoudre le problème de l’inspiration.  Ainsi, il joua de tous les genres et de toutes les techniques, manifestant l’extraordinaire diversité de sa puissance créatrice. D’où son intérêt grandissant pour le cinéma.

C’est surtout l’année 1925 qui sera décisive. Il va écrire « L’ange Heurtebise », un recueil de poèmes où il fait une sorte de procès-verbal du « coup de foudre » qu’est l’inspiration. Il écrira également « Orphée », une tragédie en un acte avec un intervalle qui se passe à la maison d’Orphée et d’Eurydice, où l’Ange Heurtebise apparait en vitrier avec des miroirs sur le dos à la place de ses ailes. Mais surtout il écrivit en octobre 1925 la célèbre « Lettre à Jacques MARITAIN », qui sera publiée en 1926 et à laquelle Jacques MARITAIN répondra avec passion, et de manière publique par la non moins célèbre « Lettre à Jean COCTEAU ». Cette lettre du poète semble achever une quête qui avait commencé avec « Le coq et l’Arlequin« . Elle résume surtout l’état d’esprit du poète après une crise suite à la mort de RADIGUET. En tous cas si cette correspondante permit d’un côté à Jean COCTEAU la maturation d’éléments caractéristiques de sa future œuvre cinématographique, elle permettra d’un autre coté à Jacques MARITAIN de commencer à élaborer une vaste réflexion sur l’art, l’artiste et la Grâce, dont un des points d’aboutissement sera la publication de « La responsabilité de l’artiste » en 1961.

Ces 3 écrits de 1925, dans leurs analyses synchroniques, peuvent nous permettre de saisir, comme en germe, ce que Jean COCTEAU développera dans la trilogie « Le sang d’un poète »- « Orphée »-« Le testament d’Orphée ». Dès cette année 1925 les thématiques essentielles de son cinéma sont présents, mais ils vont « vivre« , ils évolueront au cours des années futurs, d’autant que ses scénarios ne sont pas les adaptations de ses écrits. Les éléments principaux de décors seront là : comme le fait de passer les miroirs comme de l’eau, le procès, la jonction entre le réel et l’irréel.

En fait, c’est dans « Le testament d’Orphée », où Jean COCTEAU se met lui-même en procès face à la Mort et à l’Ange Heurtebise, que l’on peut comprendre son génie créateur ; ce dernier l’accuse de 2 choses en ces termes :

« …Primo vous êtes accusés d’innocence, c’est-à-dire d’atteinte à la justice en étant capable et coupable de tous les crimes au lieu de l’être d’un seul ; apte à tomber sous le coup d’une peine précise de notre juridiction. Secondo, vous êtes accusés de vouloir sans cesse pénétrer en fraude dans un monde qui n’est pas le vôtre. ».

En effet ces 3 films montrent bien à l’écran son souhait de voir assembler, dans une visée surréaliste, le réel à ce qui est irréel ! Et par conséquent de faire entrer le spectateur dans ce monde inconnu, cet « Au-delà ». Dans les 3 films il y aura des scènes dont la technique en transparence permettra de rendre compte de cet « entre deux » entre le réel et l’irréel. A travers l’accusation d’innocence, comme ne pas y entendre le ton ironique de celui qui pendant toute sa vie, sera accusé d’être source de scandales, allant de procès en procès, devenu une sorte de « coupable- bouc émissaire » de la critique vis-à-vis de son oeuvre. N’est-il pas celui qui grâce à l’irréel, réussira en même temps à critiquer le réalisme des habitudes de son époque ? Mais Jean COCTEAU ne sera-t-il pas également cet homme capable de scandales avec cette capacité inouïe d’étonner et son sens de la désobéissance ?

Jean COCTEAU a réalisé des films avec cette originale définition

« ….Un film est une source pétrifiante de la pensée, un film ressuscite les actes morts, un film permet de donner l’apparence de la réalité à l’irréel ! »

Alors capable et coupable ?

Venez voir, et osons ensemble rêver le même rêve !

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