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Commentaire du répons « SUBVENITE », ou le chant de l’espérance chrétienne de la Résurrection 11 novembre 2013

Posté par unpretre dans : Commentaires musicaux,Ecrits personnels,Musique liturgique , trackback

« En marchant vers… »

 

Tel pourrait être le résumé de la liturgie des défunts !

Cette étude va vous permettre de découvrir la « liturgie stationnale » pour les défunts, selon le rite catholique. De découvrir la composition musicale du refrain et ses conséquences. De découvrir l’analyse littéraire du répons, dans l’environnement du geste liturgique qu’il accompagne: la procession d’entrée de la dépouille du défunt. De découvrir la richesse littéraire du répons en lien avec les prières d’offertoire. De découvrir la richesse littéraire du répons en lien avec des extraits du « canon romain ».

Une synthèse générale vous permettra de saisir l’ensemble de la progression de l’analyse, en essayant de répondre à cette thèse: le répons du SUBVENITE attestant la foi chrétienne concernant le « Jugement Particulier » dans l’attente du « Jugement Dernier« , s’enracine dans la foi au Sacrifice Eucharistique de Jésus-Christ et l’interprétation sacerdotale de son l’Ascension, pour mettre sur les lèvres des croyants, l’espérance chrétienne de la Résurrection d’entre les morts.

Une étude plus approfondie sur le répons SUBVENITE en lui-même, a été publié en juillet 2014 pour la revue de théologie internationale COMMUNIO.

Commentaire du répons

Que ce soit dans sa forme ordinaire (liturgie dite « de Paul VI ») ou dans sa forme extraordinaire (liturgie dite « de saint Pie V ») la liturgie des défunts est une « liturgie stationnale » c’est-à-dire qu’il y a une marche avec des étapes, des stations, où l’on prend le temps de méditer l’un ou l’autre aspect.

D’un point de vue moderne et psychologique, on peut dire que bien avant l’heure des sciences humaines, la tradition liturgique permettait de vivre, par étape, « le processus de deuil ».

Le chemin proposé par la liturgie est simple, il y a quatre stations : On prie à la maison du défunt (première station). On se déplace vers l’église. On prie au moment  de l’entrée dans l’église, sur le seuil de l’édifice (2ème station). On se déplace jusqu’au chœur. On prie dans l’église (3ème station). On se déplace vers le cimetière. Et enfin on prie au cimetière (4ème station).

Ces quatre stations sont les piliers de la structure antique de la prière chrétienne envers les défunts. Elle exprime à la fois, la Foi de l’Eglise envers son élément central qu’est la Résurrection selon la chair de Jésus-Christ, mais en même temps l’accomplissement total du mystère de la Rédemption, c’est-à-dire la purification des péchés, la sanctification et la glorification des corps.

La réforme liturgique issue du concile Vatican II a conservé très nettement ces 4 stations, mais en a modifié quelque peu le contenu.

Pour la station à la maison. La liturgie de saint Pie V ne prévoit que la levée du corps avec sa bénédiction, avant de se rendre en procession. Par contre la liturgie de Paul VI prévoit plusieurs temps de prière communautaire, soit autour de la dépouille, soit au moment de la fermeture du cercueil.

Pour la station au seuil de l’édifice, la liturgie de saint Pie V prévoit, dès le franchissement de la dépouille dans l’église, le chant du répons Subvenite qui occupera notre propos. La liturgie de Paul VI a supprimé cela, mais il a mis en œuvre, les « rites d’accueils » que constituent le memento du défunt, l’allumage de la lumière autour du corps, et la déposition de la croix.

Pour la station dans l’église, dans l’un et l’autre cas il s’agit de la messe à laquelle s’adjoint d’un rite complémentaire. C’est le nom qui change et ainsi sa portée spirituelle. Pour la liturgie de saint pie V, il s’agit de « l’absoute », c’est-à-dire une prière où l’on remet à Dieu le défunt dans l’espérance de la Rédemption et du pardon de ses péchés. Par contre dans la liturgie de Paul VI, il s’agit du « dernier adieu », c’est-à-dire une prière où s’exprime davantage l’espérance de la Résurrection.

Pour la station du cimetière, dans l’un et l’autre cas il y a une prière avec bénédiction de la tombe. On peut constater qu’elle est plus déployée et plus biblique dans la liturgie de Paul VI.

La liturgie stationnale met bien en exergue les deux piliers de la prière chrétienne pour les défunts. A la fois l’espérance de la Rédemption, et l’espérance de la Résurrection. L’une et l’autre sont concomitantes, mais l’on peut se rendre compte que dans l’une et l’autre forme de la liturgie les mise en lumière d’un aspect en particulier par rapport à l’autre et différent. La liturgie de saint Pie V porte plus sur la Rédemption, la liturgie de Paul VI sur la Résurrection.

C’est à la lumière de la Rédemption que nous allons maintenant analyser plus en détail le « Subvenite » qui se chante lors de l’entrée de la dépouille mortelle du défunt dans l’église.

Nous le ferons en quatre temps. D’une part l’analyse du texte littéraire dans son enracinement rituel. L’analyse musicale va-t-il dans le même sens de que le texte. L’analyse comparative avec le rite de l’offertoire. En enfin l’analyse comparative avec le canon de la messe.

ANALYSE MUSICALE :

Voici le texte latin :

 Refrain : (A) Subvenite, Sancti Dei, occurrite, Angeli Domini, (B1) Suscipientes animam eius, (B2) Offerentes eam in conspectu Altissimi.

Verset : Suscipiat te Christus, qui vocavit te, et in sinum Abrahae Angeli deducant te. Reprise B1 et B2

Verset facultatif : Requiem aeternam dona ei, Domine: et lux perpetua luceat ei.

Reprise B2 uniquement.

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L’analyse musicale va surtout porter sur le refrain. Car ce dernier possède une construction modale peu commune.

La musique de la partie A du refrain respecte les 2 énoncés. Une phrase musicale pour « Subvenite sancti dei » et une autre pour « occurite, Angeli Domini ». Normalement la pièce est en 4ème mode (mi plagal), or la ligne mélodique sur « Subvenite sancti Dei » est en 2ème mode (ré plagal), elle tourne entre le note modale ré et la note dominante fa. Par contre, la ligne mélodique sur « Occurite, Angeli Domini » en bien en 4ème mode autour de la note modale « mi » et la note dominante « la ». Dans cette ligne mélodique, il y a un effet d’écho musical sur les mots « occurite » et « angeli », où la voix s’élève vers la note la plus aigu (si bémol). Il y a comme une élévation vers le ciel pour invoquer, appeler la venue des anges.

Quant à la musique de la partie B, elle est plus complexe. Il y a une phrase musicale pour « Suscipientes animam ejus » (B1), une phrase musicale pour « Offerentes eam » et une phrase pour «  in conspectu Altissimi » (2 phrases pour B2).

La ligne mélodique pour « Suscipientes anima ejus » est curieuse parce qu’elle est un « entre deux » ! Elle est à la fois entre le mode de mi plagal et le mode de ré plagal. Elle tourne entre la note modale « Mi » et la note dominante du mode de ré plagal « Fa », et par conséquent elle est en contraste par rapport à l’élévation et à l’aigu de la partie précédente.

La ligne mélodique concernant « Offerentes eam » est la plus surprenante. Car nous avons la ligne mélodique la plus grave de la pièce. Elle descend jusqu’au Si bémol ce qui est le cas le plus exceptionnel dans l’histoire de la musique concernant les pièces écrites dans le 4ème mode ! Elle est construire autour d’une corde sur la note « do », ce qui est difficilement analysable et en mode de mi plagal et en mode de ré ! Car « do » ne fait pas partie des cordes habituelles de ces 2 modes. Par conséquent, cette expression est mise en valeur, par l’effet de surprise de l’écriture : note la plus grave, et corde récitative n’appartenant au mode de la pièce. Musicalement, l’expression « Offerentes eam » (offrez-là) est incontournable, et à mon sens, la plus importante par la manière dont elle sort du cadre musical.

Par contre, la ligne mélodique sur « in conspectu Altissimi » retrouve les éléments des modes précédents. Déjà parce qu’elle est construite autour d’une corde récitative « fa » (dominante de ré plagal). Puis la musique sous le mot « Altissimi » n’est autre que la même formule emprunte à « Occurite » et surtout « Angeli » de la partie précédente. Donc une mélodie ascensionnelle qui correspond au sens du texte puisqu’il faut offrir l’âme en présence du Très-Haut. Elle se termine sous les syllabes « tissimi » comme pour le mot « Domini » de la partie précédente. En sommes cette dernière ligne mélodique est résolument écrite dans l’esprit musical de la partie A.

Le parcours musical du refrain nous conduit à ces suppositions. La partie A manifeste cette invocation, cette élévation de la voix pour appeler les anges à venir. C’est vraiment un appel vers le ciel ! Ensuite il y a une « entre deux » grâce à la partie B. Cet « entre deux » met en évidence, dans le plus grave de la musique, les expressions « recevez son âme » (B1) et « offrez là » (B2). La réception et l’offrande de l’âme semble s’opérer sur la terre, comme si l’appel avait été entendu, et que les anges soient descendus. Puis la dernière section de B2, une fois l’âme reçue et offerte, les anges l’emportent avec eux dans une ascension musicale, qui est dans le même style que l’appel de la partie A, pour l’offrir au Très-Haut. Le parcours musical atteste un appel pour que les anges « descendent », qu’ils « reçoivent » l’âme du défunt et qu’ils « remontent » avec elle pour l’offrir à Dieu.

Ainsi, que peut signifier cet appel, cette descente et cette montée des anges ? Pourquoi mettre en valeur dans le plus grave, les expressions « Recevez son âme » et surtout « Offrez-là » ? Qu’est-ce que cela nous dit du sens de la procession du corps d’un défunt depuis l’entrée de l’église jusqu’au chœur où va commencer la liturgie ?

ANALYSE LITTERAIRE DANS SON ENRACINEMENT RITUEL :

 

Le « Subvenite » est classé dans la catégorie des Répons. C’est-à-dire qu’à l’origine cette pièce musicale devait « Répondre » à l’écoute d’une lecture biblique.

Le Répons est une forme musicale particulière : il s’agit d’un refrain en deux parties (A et B) que l’on entend dans sa totalité, puisque vient des versets qui sont entrecoupés de la partie B du refrain. Une doxologie termine la succession des versets, et tout à la fin on reprend le refrain dans sa totalité.

Les versets sont habituellement des versets bibliques extraits des psaumes, mais peuvent être des compositions littéraires.

Il s’agit d’une forme évoluée de l’antique « Responsa » que l’on voit très nettement apparaitre chez saint Ambroise de Milan.

Avec le Subvenite, tel qu’il se présente à nous, nous retrouvons la forme du Répons évoqué plus haut, mais avec une forme incomplète. Déjà parce que suivant les versions il n’y a que un ou deux versets. Puis, n’ayant pas de doxologie finale, on ne reprend pas la totalité la totalité du refrain à la fin, mais uniquement la partie B.

Il est également incomplet, car un Répons doit précisément « répondre » à la lecture d’un texte biblique. Or, dans le rite au seuil de l’église, il n’y a pas de lectures. Ainsi nous avons un Répons, qui ne répond à rien !

Selon le rite de saint Pie V, entre la station de la maison du défunt et la station du seuil, il doit y avoir le chant de psaumes. Cette psalmodie pour accompagner la procession avec le défunt, s’arrête lorsque la dépouille franchie la porte de l’église, et dès le franchissement, on entonne le Subvenite.

Voici le texte latin de ce Répons mettant en lumière sa forme littéraire.

 

Refrain : (A) Subvenite, Sancti Dei, occurrite, Angeli Domini, (B1) Suscipientes animam eius, (B2) Offerentes eam in conspectu Altissimi.

Verset : Suscipiat te Christus, qui vocavit te, et in sinum Abrahae Angeli deducant te. Reprise B1 et B2

Verset facultatif : Requiem aeternam dona ei, Domine: et lux perpetua luceat ei.

Reprise B2.

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Voici une libre traduction française de ce Répons :

Refrain : (A) Venez à lui saints de Dieu, Accourez anges du Seigneur,

(B1) Recevez son âme (B2) offrez-la à la vue du Très-Haut.

 

V/. Que le Christ te reçoive, lui qui t’a appelé, et que dans le sein d’Abraham les anges te conduisent. (B1 et B2)

V/. Donne-lui, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière perpétuelle l’illumine. (B2)

La question demeure de savoir si cette forme incomplète est le fruit de l’érosion de l’histoire, ou bien si c’est la compréhension même de la célébration pour les défunts et la foi qui s’exprime à ce moment-là, qui en ont été à la cause, ou tout du moins le motif de sa « sédentarisation » textuelle…

Il est vrai que l’enracinement liturgique de ce chant, pourrait donner lieu et nous aider à une tentative d’interprétation. Il se trouve que le Subvenite est un chant processionnal, c’est-à-dire qu’il est chanté pour accompagner la dépouille du défunt vers l’endroit où on le dépose pour la durée de la messe Selon le rituel de saint Pie V, et la coutume en France, il s’agit du « milieu de l’église » et non à l’entrée du chœur comme on pourrait le penser, et comme cela se pratique aujourd’hui.

Le répons du Subvenite commence par un appel ! On demande la présence des anges, et leur médiation afin de pouvoir présenter, non pas le corps, mais l’âme à Dieu ! Nous voyons bien qu’ici le rapport entre le texte et le geste nous met sur la voie d’un décalage symbolique. En effet, en appelant la présence des anges afin qu’ils reçoivent et qu’ils offrent l’âme, au moment où le rite manifeste une procession d’un corps vers l’église, le décalage symbolique est clair : avec le Subvenite, la procession d’entrée du corps du défunt franchissant les portes de l’église rend présente l’entrée de l’âme dans la Jérusalem céleste au moment du Jugement particulier, et pas encore l’espérance de la résurrection à la fin du Temps et l’entrée d’un corps glorieux au moment du Jugement Dernier et de la Parousie !

Mais il convient également de prendre en considération la mise en œuvre musicale entre ce répons et l’Introït, surtout au niveau de la progression des textes !

En effet, la procession du corps suivie des fidèles s’enchaine tout de suite avec le début de la messe par le chant de l’introït, dont le texte n’est autre que le dernier verset du Subvenite. L’antienne de l’Introït étant lui-même une compilation de deux versets du 4ème livre d’Esdras. Par conséquent, l’abandon de la doxologie, entrainant le non reprise totale du refrain, permet de donner une liaison littéraire entre le Répons et l’Introït ! On entend du Subvenite le verset 2, puis la partie B2 du refrain, et dans la logique nous réentendons le verset 2, mais devenant la base textuelle de l’antienne de l’Introït. Il y a donc ainsi une cohérence et un trait d’union interprétatif qui se produit dans l’exécution vocale du choix de ces versets. D’autant que le verset biblique pour l’Introït est extrait du psaume qui met en scène l’hymne et le sacrifice d’action de grâce pour l’entrée dans Jérusalem !

La progression est alors nette : Pendant le cortège du défunt, par le chant on invoque les anges pour qu’ils reçoivent et offrent à Dieu l’âme. A la fin, il y a un effet d’accélération, d’insistance sur « l’offrande » puisqu’on ne reprend que B2. Alors, en enchainant avec l’introït, on entre dans le « sacrifice d’action de grâce », dans « l’offrande des lèvres ». Appliqué au défunt, son âme est alors entrée dans la Jérusalem céleste, elle offerte avec l’action de grâce des lèvres ! On entre déjà dans le mystère eucharistique, dans le mystère de Pâque, ainsi que dans la liturgie céleste.

La progression de cette compilation biblique atteste bien que le rituel, accompagné du chant manifeste une compréhension et une actualisation du Jugement particulier, qui tend vers le Jugement dernier. Nous sommes placés dans l’espérance de la Rédemption !

En revenant au Subvenite, nous pouvons remarquer que la dimension incomplète du texte va générer un décalage dans l’interprétation. On aura une partie du texte qui va être plus mis en lumière que les autres. Il s’agit tout simplement de la partie B du refrain. La partie B1 est entendue 2 fois, et B2 trois fois. En plus c’est B2 qui termine le chant du répons ! C’est donc cette partie B du refrain qui devient comme la « clef de voûte » et « la clef interprétative » de ce texte ! Or si la doxologie avait été là, nous aurions dû reprendre la totalité du refrain, et par le fait de le reprendre en entier, nous ne pourrions pas mettre autant l’accent sur cette partie B ! L’avantage de la forme incomplète de ce Répons c’est précisément de permettre cette mise en exergue de cette partie B du refrain (en particulier B2). Elle devient un « en soi » !

D’autant que c’est cette même partie B donne sens au processionnal du corps du défunt. Cette dernière met en lumière l’action des anges de « Recevoir » (B1) et « d’Offrir » (B2) au sens fort du terme et dans un geste quasi sacerdotale, l’âme du défunt. Or cette action est décrite au moment même où l’on porte le corps du défunt et que l’on marche vers l’Autel ! Le processionnal du corps du défunt devient la métaphore de ce qui est chanté et réciproquement ! Ce qui est dit dans l’acte de chant, donne cohérence et sens au geste rituel fait en simultané !

On ne vient pas simplement déposer une dépouille au milieu d’un édifice, on « Offre » déjà ! Cette procession d’entrée devient déjà une procession d’offrande pour l’eucharistie ! On Offre par anticipation le corps du défunt, comme on offrira le Pain et le Vin pour le Sacrifice Eucharistique ! Nous sommes déjà dans le mystère de l’Eucharistie !

Mais en même temps la métaphore va plus loin, car ce processionnal est l’image de l’âme reçue par Dieu, ce qui correspond à la Foi de l’Eglise en ce qui concerne le Jugement particulier ! A la fois au Concile de Florence et de Lyon, ou bien chez Benoît XII ou Jean XXII, il est dit qu’au moment de la mort, l’âme immortelle est séparée du corps, et va rejoindre Dieu dans un « premier jugement », en attendant le Jugement Dernier et la Résurrection des corps. Il y a donc une sorte « d’entre deux » qui se dessinent ! Entre la Mort et la Résurrection. Après la mort l’œuvre de la Rédemption sera pleinement accomplie lorsque le mystère de la Résurrection sera accordé à la fin du Temps. Ainsi lorsque dans la Foi, on est dans l’attente de la Résurrection de la chair, nous sommes invités à prier plus spécialement pour que l’œuvre de la Rédemption s’accomplisse pour le défunt. C’est dans l’attente de la Résurrection de la chair que l’on prie pour le pardon des péchés et la purification du défunt.

Ainsi l’entrée du corps dans l’église, devient l’image de l’entrée de l’âme par les anges du ciel dans la Demeure de Dieu ! On « offre » le corps du défunt pour la prière communautaire dans l’église terrestre, à l’image de l’âme « offerte » par les anges dans l’Eglise céleste au moment du Jugement particulier! Mais cet « Offertoire » se fait « attente » et espérance en l’accomplissement définitif de l’œuvre de la Rédemption au moment du Jugement Dernier, lorsque les corps ressuscités feront leur entrée dans la Jérusalem Céleste.

 

De cette première analyse, nous pouvons déjà tirer ces 2 conclusions : D’une part, cette entrée du corps dans l’église, accompagnée du chant du « Subvenite » devient à la fois la métaphore de l’accomplissement du « Jugement particulier », mais aussi la métaphore de l’attente eschatologique du « Jugement Dernier ». D’autre part, c’est résolument la foi dans le Sacrifice Eucharistique qui permet d’enraciner et de comprendre l’espérance de cet « entre deux », entre l’accomplissement du Jugement Particulier et l’attente du Jugement Dernier.

 

C’est donc bien la « mise en situation liturgique » de ce répons, avec la mise en perspective de la partie B du refrain due à la forme qui est incomplète, que nous pouvons maintenant faire un pas de plus, et en approfondir la visée en lien avec la foi eucharistique et le Jugement particulier ! L’analyse littéraire nous ayant montrée que dans la partie B du refrain, il y a un avantage pour la partie B2 (verbe offrir) nous allons essayer de comprendre davantage l’interprétation que l’on peut donner à ce verbe « Offrir ».

C’est donc bien la littéralité du chant dans son enracinement rituel, qui nous permet de saisir l’intelligence de la foi chrétienne et de son Espérance!

 

 

ANALYSE COMPARATIVE AVEC LE RITE D’OFFERTOIRE DE LA MESSE:

            L’analyse précédente aura permis de nous rendre compte que le Subvenite, dans sa forme littéraire incomplète met en exergue la partie B de son refrain qui dit ceci : « Recevez son âme, offrez-là à la vue du Très Haut ».

            Par le fait d’entendre trois fois cette partie du refrain, nous comprenons alors qu’est mise en lumière l’attitude des anges. Il s’agit d’une posture sacerdotale. Les anges prennent les gestes d’un prêtre, c’est-à-dire celui qui « reçoit » du peuple l’offrande, pour « l’offrir » à Dieu. Les anges ont ici un rôle de médiation sacerdotale et par conséquent, la liturgie pour les défunts est une liturgie « sacerdotale ».

C’est dans la dynamique sacerdotale que l’on peut comprendre le sens de l’accueil auprès de Dieu. L’âme du défunt devient l’offrande, et cette dernière sera reçue comme une offrande.

Avec la 1ère partie du refrain, les fidèles adressent un appel aux anges. Avec les verbes « venir », « accourir » il s’agit d’un appel pressant. Qui peut tout à fait correspondre à celui qui ne pouvant plus rien faire et se rendant compte de son impuissance, s’adresse à celui qui peut tout, qui est Tout-Puissant. Ce qui fait que les fidèles en chantant par trois fois le 2ème partie du verset, manifestent qu’ils demandent avec insistance l’intercession des anges, mais une intercession « sacerdotale ». Cette prière chantée en accompagnant la procession d’entrée de la dépouille du défunt manifeste le « sacerdoce commun des fidèles ». La communauté ecclésiale en avançant avec le corps d’un de ces défunts, l’offre déjà à Dieu. Est-ce que cette « offrande » anticipe la procession des dons qui serviront au Sacrifice Eucharistique.

Il est alors possible d’envisager de comprendre le sens de la procession de la dépouille d’un défunt avec le répons « Subvenite », à la lumière du rite de l’offertoire qui prépare la liturgie eucharistique.

L’offertoire antique, celui utilisé dans la « forme extra-ordinaire du rite » comporte 3 parties : la présentation des offrandes, un chant de procession, une prière sur les offrandes.

D’une certaine manière, le rite d’entrée du corps d’un défunt possède ces 3 mêmes éléments : Il y a un chant de procession, en l’occurrence le répons « Subvenite » ; le défunt lui-même devient une « offrande » que l’on présente à Dieu ; une prière qui est tout simplement le texte du « Subvenite » dont la formulation manifeste clairement cette demande à Dieu. Nous prendrons en particulier la partie B du refrain, afin de comprendre la place des verbes « Recevoir » et « Offrir ».

            Attardons-nous au rite de l’offertoire selon la liturgie tridentine. La présentation des offrandes se fait en 3 parties : la présentation du pain et du vin, l’encensement et le lavement des mains. Puis il y a une prière sur les offrandes adressée à la Trinité.

Il est justement intéressant de voir l’omniprésence du verbe « Suscipiat » (recevoir). On le retrouve mentionné dans l’offrande du pain, dans l’offrande du vin, dans la prière à la Trinité que le prêtre adresse, et dans la conclusion de cette prière faite par l’assemblée ! Il est donc mentionné 4 fois durant le rite d’offertoire, et l’on peut dire à chaque partie essentielle. Ainsi, c’est dans bien dans une dynamique d’offertoire que la procession du corps du défunt est perçue. La partie B du refrain du « Subvenite » atteste cette interprétation.

Le verbe « offrir » se retrouve uniquement pour l’offrande du vin, et dans la prière sur les offrandes. On voit bien qu’il y a une distinction terminologique entre le pain et le vin. On demande à Dieu qu’il reçoive le pain, par contre on lui offre le vin. Dans le cas du pain, c’est Dieu qui agit parce que c’est lui qui reçoit. Dans le cas du vin c’est l’Eglise qui agit parce qu’elle offre.

Cette distinction entre « recevoir » et « offrir » va se retrouver dans la suite du canon, où après la consécration on perçoit la finalité et du pain et du vin. Le pain est nommé comme « le pain sacré de la Vie éternelle ». Quant au vin, il est nommé « le calice du Salut éternel ». L’un manifeste l’espérance de la Résurrection, l’autre l’espérance de la Rédemption.

Il est donc pertinent de remarquer que la narration de la partie B du refrain du « Subvenite » est en parfaite harmonie avec la progression terminologique du rite d’offertoire.

Si la prière du « Subvenite » demande à ce que les anges puissent « recevoir » l’âme du défunt, c’est pour que se manifeste la même espérance que pour le pain eucharistique: c’est-à-dire celle de la Résurrection. Si la prière du « subvenite » demande ensuite à ce que les anges aillent « offrir » l’âme du défunt à Dieu, c’est pour que se manifeste la même espérance que pour le vin eucharistique : c’est-à-dire celle de la Rédemption.

C’est donc bien à la lumière de la foi eucharistique, que la narration du « Subvenite » permet à la communauté chrétienne de chanter sa foi, non seulement dans le Jugement Particulier, mais aussi dans le Jugement Dernier. C’est le mystère de la foi eucharistique, contenu dans le rituel de l’offertoire qui permet de faire cette synthèse, et de guider la prière pour les défunts.

Ainsi le défunt « participe » de manière pleine et entière à l’eucharistie, et le chant de la communauté chrétienne manifeste cette participation. Certes elle n’est plus du même ordre que pour celle des vivants, mais elle est complètement enracinée dans la foi ! Non seulement il participe, mais par le chant l’assemblée qui le conduit en procession, il est « offert » à Dieu. Cela nous permet de déduire 2 conséquences :

D’une part la procession d’entrée est vraiment un acte d’offrande de la communauté, qui par le chant du « Subvenite » manifeste son sacerdoce baptismal : s’offrir en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu, comme dit saint Paul aux Ephésiens. Le « subvenite » traduit en acte et en chant, tout ce que contient l’enseignement de saint Paul aux Ephésiens sur la mystique christique de l’offrande de soi, même dans le moment le plus ultime de l’existence. Ce répons traduit toute la spiritualité et le lien intrinsèque entre l’eucharistie et les défunts.

D’autre part, le lien eucharistique manifeste également toute la théologie contenue dans le CREDO lorsque l’on croit que sommes créés à « l’image de Dieu ». Cette théologie repose sur l’onction baptismale que nous configure totalement au Christ. Au baptême nous devenons un « autre Christ », dont la confirmation en est le parachèvement, et l’eucharistie l’actualisation permanente. Nous croyons qu’au moment de la Résurrection, nous sommes « recréés » pour devenir pleinement « image de Dieu ».  Or la procession d’entrée du défunt, avec le chant du « Subvenite »,  place ce dernier comme un « autre Christ » dans une perspective baptismaleEn demandant à Dieu de le recevoir, en l’offrant, on demande au bout du compte à Dieu de voir dans le défunt, le visage même du Christ Ressuscité!  N’est-ce pas d’ailleurs ce qui est demandé dans la partie B du refrain ? On demande que Dieu jette un regard sur celui qu’il reçoit, sur celui qu’on lui offre. Or qu’est-ce que Dieu peut regarder et voir à travers le défunt, si ce n’est son propre Fils dont il est un fidèle disciple et en qui il a mis toute sa foi et son espérance ? Qu’est-ce que Dieu peut regarder et voir à travers le défunt, si ce n’est le « signe » dont le Livre de l’Apocalypse parle, où les fronts du peuple des rachetés sont marqués.

C’est finalement le mémorial de la grâce et de l’onction baptismale d’être « marqué », d’avoir « revêtu le Christ » qui est ici suggérée par le chant du « Subvenite » au moment de la procession, en demandant à Dieu de « regarder » le ou la défunte. Mais, nous pourrions nous demander à quel moment de la vie du Fils correspond ce « regard » de son Père. Qu’est-ce que Dieu voit de son Fils, au moment où il jette un regard sur le défunt ? Or cette considération du « regard de Dieu » dans l’acte d’offrande n’est pas sans rappeler une partie du canon de la messe, en particulier dans le « canon romain ».

ANALYSE COMPARATIVE AVEC LE CANON DE LA MESSE :

Si à travers la dépouille des défunts, la foi de la communauté chrétienne demande à Dieu qu’il jette un regard pour y reconnaitre son Fils Jésus-Christ, il y a alors une partie du canon de la messe, qui pourrait également nous aider à mieux saisir la synthèse narrative de la partie B du refrain. Mieux saisir le lien entre la procession d’entrée du défunt et la liturgie du Sacrifice Eucharistique. Le « canon romain » nous donne à entendre une partie intéressante qui vient elle aussi, de la partie tout juste après la consécration :

« ….Sur ces offrandes, daignez jeter un regard favorable et bienveillant ; acceptez-les comme vous avez bien voulu accepter les présents de votre serviteur Abel le Juste, le sacrifice d’Abraham, le père de notre race, et celui de Melchisedech, votre souverain prêtre, offrande sainte, sacrifice sans tâche.  

Nous vous en supplions, Dieu Tout-Puissant, faites porter ces offrandes par les mains de votre saint ange, là-haut, sur votre Autel, en présence de votre divine majesté. Et quand nous recevrons, en communiant ici à l’autel, le Corps et le Sang infiniment saints de votre Fils, puissions-nous tous être comblés des grâces e des bénédictions du ciel. Par le Christ notre Seigneur. Amen… »

 

A travers ces 2 paragraphes, nous avons d’une part toute une synthèse biblique assez impressionnante pour comprendre le sens de l’offrande, du Sacrifice. Mais en même temps, nous avons la trame narrative qui servira de base pour la rédaction de la demande du « Subvenite » contenue dans la partie B du refrain.

Le premier paragraphe manifeste une visée théologique et biblique que saint Thomas d’AQUIN commentera en 1264, dans une de ses hymnes pour l’office du Saint-Sacrement. Le canon romain étant bien antérieure aux écrits thomasiens, il aisée de proposer que le docteur angélique, en écrivant sa prose eucharistique s’enracine dans ce texte rituel. C’est dans la séquence du « LAUDA SION » que saint Thomas d’AQUIN écrit : « D’avance il est signifié en figures, lorsqu’Isaac est immolé, que l’agneau pascal est sacrifié, que la manne est donnée à nos père ». Le terme « figures » représente ici tous les textes de l’Ancien Testament, où Dieu scella une Alliance avec son peuple dans un Sacrifice particulier. Ainsi, tous les sacrifices de l’Ancien Testament se trouvent parachevé dans l’Unique Sacrifice du Christ. Les sacrifices de l’Ancienne Lois sont des « figures » de l’unique Sacrifice du Christ. Ainsi donc, la formule liturgique du « canon romain » rend compte de cette réalité biblique.

On parle du sacrifice d’Abel, d’Abraham avec Isaac, et bien sûr Melchisedech. Ils deviennent la « figure » de l’unique Sacrifice du Christ, faisant de ce dernier l’accomplissement de toute l’Ancienne Alliance. Or, dans les récits de l’Ancienne Alliance, le Sacrifice devait être « agréé par Dieu» c’est-à-dire qu’Il devait le « regarder » et le « reconnaitre ». D’après l’Ecriture, l’expression « être placé sous le regard de Dieu » conduit à avoir avec Lui une relation qui présuppose l’offrande, le sacrifice. Or si le Sacrifice du Christ est l’accomplissement de l’Ancienne Alliance, alors le mystère de la Croix est placé sous le regard de Dieu. C’est au moment de son  offrir que Jésus est placé sous le regard de Père. C’est dans l’offrande de la Croix que se joue la relation avec son Père. Il convient donc que lorsque les chrétiens en fassent mémoire, qu’ils se souviennent de ce regard impliquant la dynamique de l’offrande. C’est en référence avec l’Ancien Testament, que l’idée d’être placée sous le regard de Dieu, prend une place essentielle. Si dans le mémorial du Sacrifice eucharistique le « regard de Dieu » est incontournable, alors le répons du « Subvenite », demandant explicitement le « regard du Très-Haut », place la prière pour les défunts dans cette perspective de l’offrande, du sacrifice en lien avec l’unique Sacrifice du Christ. La prière du « Subvenite » manifeste et présuppose que nous sommes en train de Lui « offrir », de lui « donner » le défunt. Nous sommes sur alors que la procession qui l’accompagne est une offrande, un don à Dieu ! Mais en même temps nous demandons que dans la dépouille du défunt, Dieu y voit et y reconnaisse son propre Fils en train de s’offrir à Lui, dans un « sacerdoce éternel » comme l’exprime la Lettre aux Hébreux.

La Lettre aux Hébreux, explique bien que c’est le corps qui devient l’offrande. C’est le corps de Jésus qui va devenir offrande et sacrifice sur la Croix. Ainsi, le répond du « Subvenite » tout en priant pour l’âme, tient compte du corps du défunt. C’est ce dernier que l’on offre, mais que l’offre par le Christ, avec le Christ, dans le Christ !

Avec le commentaire de ce 1er paragraphe du « canon romain » et de l’expression scripturaire du « regard », nous sommes alors sûrs que la procession d’entrée de la dépouille du défunt est une procession d’offrande à part entière. C’est la communauté qui offre à Dieu, le corps de son défunt, dans l’offrande du Fils !

Quant au 2ème paragraphe du « canon romain », il nous permet de saisir toute la pluralité de sens de la métaphore du rôle de l’ange. En effet, le canon nous décrit cette « ascension ». En effet, si nous suivons la progression narrative: une offrande terrestre (pain et vin) est déposée sur l’autel terrestre. Un ange vient prendre cette offrande terrestre pour « la faire monter » auprès de Dieu sur son  Autel céleste pour qu’il la reçoive, la rendant ainsi participante de la liturgie du Ciel. Et en échange, un don du ciel nous parvient, descendant sur l’autel terrestre. C’est ce don posé sur l’autel terrestre que nous recevons : le Corps et le Sang du Christ.

La narration, tout aussi surprenante qu’elle soit, respecte toutes les caractéristiques bibliques de l’Ange. A savoir, celui qui est l’envoyé de Dieu et celui qui « monte » et qui « descend » joignant dans ce va et vient, le ciel et la terre. Ici l’ange est celui qui va d’abord « descendre » comme un envoyé de Dieu pour chercher les offrandes déposées par le peuple sur l’autel terrestre, et les amener, les « monter » au ciel. Cette description correspond aux différents récits de la Genèse avec le Sacrifice d’Abel, d’Abraham, et bien sûr Melchisédeck qui ont été nommés dans le paragraphe précédent. Le mystère eucharistique ainsi décrit est compris comme accomplissement des « figures » de l’Ancien Testament. C’est également un « mystère d’alliance » entre le ciel et la terre, un « mystère de participation » à la liturgie céleste, un « mystère d’échange » et de transformation.

Le « mystère d’Alliance » est compréhensible, puisque par l’Ange descendant de Dieu sur terre, et remontant au ciel avec l’offrande atteste cette alliance entre le ciel et la terre. C’est la parfaite compréhension de l’Ancien Testament.

C’est « un mystère de la participation », car l’offrande terrestre, montée par l’Ange auprès de Dieu sur son Autel céleste, montre que bien que les éléments humains deviennent participants de la liturgie céleste. Or cette visée de participation est une idée qui est parfaitement chrétienne. Car jamais dans l’histoire ce qui est humain et terrestre n’est digne de participer à une liturgie divine. Il y a toujours eu séparation. Si les sacrifices permettaient l’alliance entre le ciel et la terre, jamais ces derniers ne participaient à la vie divine. C’est vraiment la spécificité du christianisme que d’oser dire que les anges, vont apporter quelque chose d’humain au ciel pour participer à la vie céleste. Ici l’eucharistie est présentée comme la participation, « l’Ascension » de ce qui est humain dans la vie du ciel. Mais alors qu’est-ce que cette spécificité chrétienne ? Qu’est-ce qui nous permet de croire en cela ?

C’est la compréhension du « mystère d’échange ». Il y a un échange qui s’opère dans la narration, car au départ il y a une offrande, et « en échange », on reçoit le Corps et le Sang du Christ. Mais où s’opère-t-il ? C’est là qu’il y a une nouveauté par rapport à l’Ancien Testament. En effet, l’ange prend avec lui l’offrande posée sur l’autel terrestre. Mais par contre, l’ange ne redescend pas pour y déposer sur l’autel terrestre le Corps et le Sang du Christ. On ne dit rien de l’échange et de la transformation. On ne voit pas les offrandes du pain et du vin monter au ciel pour y être transformées, puis redescendre sur terre. Ce mystère d’échange et de transformation est beaucoup plus subtil, car finalement tout se passe sur l’autel terrestre ! Revenons à la narration : il n’y est fait aucune mention explicite de la transformation. Par contre on va communier sur l’autel terrestre au Corps et au Sang du Christ, sur lequel sont posées les offrandes. Et si, la narration, avec cette absence explicative de la transformation induisait que les offrandes du départ, et le Corps et le Sang du Christ sont en fait une seule et même réalité ! L’autel terrestre devient le lieu où est déposé le Christ « offrande à son Père », mais en même temps le Christ « nourriture pour les disciples ». C’est donc sur l’autel terrestre que s’accomplissent la transformation et l’échange ! C’est sur l’autel terrestre que la réalité du ciel nous est donnée ! C’est sur l’autel terrestre que nous participons à la liturgie céleste. Alors, ce récit du « canon romain » est en fait une actualisation complète du récit de l’Ascension du Christ selon les Actes des Apôtres, en lien avec le psaume 46 (47) ! Car c’est au cours d’un repas, que le Christ est monté aux cieux en présence des anges ! Ici c’est la même chose ! Sur l’autel terrestre, lieu du repas des fidèles, la liturgie eucharistique rappelle qu’à ce moment-là, tout comme à l’Ascension, le Christ s’offre et monte vers son Père en présence des anges. Le psaume 46 (47) anticipant le mystère de l’Ascension, atteste cette interprétation sacerdotale : c’est en Grand-Prêtre que le Christ montre vers son Père, pour inaugurer dans sa Maison, le culte Nouveau. La lettre aux Hébreux interprètera le mystère de l’Ascension dans cette visée sacerdotale propre au psaume 46.

D’où la liturgie du « canon romain » a raison : après le mystère de la consécration des offrandes pour que le pain et le vin deviennent Corps et Sang du Christ, l’emploi du terme « offrande » implique donc que cette transformation ait eu lieu. Par conséquent, il est juste de dire qu’en invoquant l’Ange du Seigneur pour venir chercher les « offrandes »,  on appel pour que l’Ange du Seigneur vienne prendre le Christ lui-même, pour l’amener auprès de son Père. Ainsi, chaque eucharistie actualise le mystère de l’Ascension ! Et finalement, le récit du « canon romain » montre que c’est l’humanité du Christ qui va être déposée sur l’Autel céleste : c’est l’Ascension de son corps et de son sang comme « offrande ». Son corps et son sang sont les offrandes parfaites, instituées au Jeudi Saint, et consommés le Vendredi Saint. Si Jésus-Christ s’est offert sur la Croix  en offrande comme unique sacrifice, en étant élevé de terre, alors le mystère de son Ascension perpétue cet unique Sacrifice, ce culte nouveau, ce sacerdoce éternelle. A chaque eucharistie, en consacrant le pain et le vin, on fait mémoire du tout le mystère pascal, et ce récit du canon actualise la profondeur du mystère de l’Ascension.

Il est extraordinaire que ce récit si surprenant du « canon romain » rend compte à la fois des récits de l’Ancien Testament concernant le Sacrifice, mais en même temps rend compte des récits de l’Ascension et de son interprétation sacerdotale selon la Lettre aux Hébreux et le psaume 46 (47). Dans le mémorial de l’unique sacrifice du Christ, s’accomplit en même temps le mystère de son Ascension.

C’est pourquoi le répons du « subvenite » invoquant la venue des anges, puis demandant à ce qu’ils « reçoivent » l’âme et « l’offre » à Dieu est en parfaite synchronie avec ce récit et ce déploiement narratif du « canon romain ». Par conséquent le répons du « Subvenite » place la prière pour les défunts dans la perspective sacerdotale de l’Ascension.

Nous pouvons alors en tirer quelques conséquences.

D’une part que le répons du « Subvenite », attestant la foi de l’Eglise dans le Jugement Particulier, est le fruit de l’approfondissement du mystère eucharistique. C’est en approfondissement le mystère eucharistique que l’Eglise a pu comprendre le mystère du « Jugement Particulier ».

D’autre part, le chant du « Subvenite » accompagnant l’offrande de la dépouille mortelle d’un défunt, devient non seulement la métaphore de l’ascension de son âme au moment du « Jugement Particulier », mais en même temps comme l’anticipation de l’ascension de son corps après la Résurrection.

Enfin, le chant du « Subvenite » accompagnant l’offrande de la dépouille mortelle d’un défunt, se comprend dans le mystère même de l’Ascension du Seigneur. C’est bien la perspective sacerdotale de l’Ascension du Seigneur qui donne sens à la prière pour les défunts, afin que s’accomplissent en eux toutes les Promesses du Christ. En offrant le corps d’un défunt dans la procession d’entrée, le chant du « Subvenite » nous met en lien avec l’offrande éternelle du Christ à son Père, et de son entrée au ciel. Ainsi nous sommes sûrs alors, qu’avec ce chant, l’entrée dans l’église de la dépouille d’un défunt, devient l’image de son ascension dans l’Ascension du Christ!

CONCLUSIONS GENERALES

 

Voici donc une synthèse de l’ensemble du cheminement concernant le chant du « Subvenite » dans son contexte liturgique.

Déjà nous avions déjà pris le temps de faire une analyse musicale de ce répons qui est en mode de mi, en particulier du refrain. Le refrain en deux parties, est musicalement en 5 phases. Deux  phases sur la première partie du refrain. Puis 3 phases sur la deuxième partie (les verbes « Suscipientes » « offerentes » faisant les coupures). La mise en musique est un cas unique dans ce mode, car aucune pièce de ne descend aussi grave. Cette descente sur l’expression, « offerentes eam », en contraste avec toutes les autres formules mélodiques ascensionnelles du refrain. La progression mélodique correspond au sens littéral : on invoque la venue des anges depuis le ciel. Une fois descendus, qu’ils reçoivent l’âme du défunt pour l’offrir à Dieu. Cette progression mélodique descente/montée, dont le verbe « offrir » est mis en valeur par la césure qu’il confère au discours, nous a amené à nous questionner sur le sens de ce dernier. Pourquoi « Offrir » par le biais des anges, l’âme à Dieu ? Quel rapport avec la foi eucharistique.

C’est pourquoi dans un 2ème temps, nous avons analysé le texte de ce répons, en le mettant en lien avec le geste qu’il accompagne : l’entrée de la dépouille mortelle d’un défunt dans l’église. De cette analyse littéraire, nous pouvons pu tirer ces 2 conclusions : D’une part, l’entrée du corps dans l’église, accompagnée du chant du « Subvenite » devient à la fois la métaphore de l’accomplissement du « Jugement particulier », mais aussi la métaphore de l’attente eschatologique du « Jugement Dernier ». D’autre part, c’est résolument la foi eucharistique, et l’interprétation eucharistique du verbe «offrir » qui permet d’enraciner et de comprendre l’espérance de cet « entre deux », entre l’accomplissement du « Jugement Particulier » et l’attente du « Jugement Dernier ». C’est donc bien la littéralité du chant dans son enracinement rituel, qui nous permet de saisir l’intelligence de la foi chrétienne et de son Espérance!

Ainsi dans un 3ème temps, nous avons mis en correspondance la narration du « Subvenite » avec les rites d’offertoire. Une étude comparative nous a permis de formuler quelques compléments : la narration de la partie B du refrain du « Subvenite » est en parfaite harmonie avec la progression terminologique du rite d’offertoire. Si la prière du « Subvenite » demande à ce que les anges puissent « recevoir » l’âme du défunt, c’est pour que se manifeste la même espérance que pour le pain eucharistique: c’est-à-dire celle de la Résurrection. Si la prière du « subvenite » demande ensuite à ce que les anges aillent « offrir » l’âme du défunt à Dieu, c’est pour que se manifeste la même espérance que pour le vin eucharistique : c’est-à-dire celle de la Rédemption. C’est donc bien à la lumière de la foi eucharistique, que la narration du « Subvenite » permet à la communauté chrétienne de chanter sa foi, non seulement dans le Jugement Particulier, mais aussi dans l’attente du Jugement Dernier. De ce lien eucharistique intrinsèque, nous avons pu en déduire 2 conséquences : La procession d’entrée est vraiment un « acte d’offrande » de la communauté, qui par le chant du « Subvenite » manifeste son sacerdoce baptismal : offrir en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu, comme dit saint Paul aux Ephésiens. La procession d’entrée du défunt, avec le chant du « Subvenite »,  place ce dernier comme une « offrande », comme un « autre Christ » dans une perspective baptismale. En demandant à Dieu de le recevoir, en l’offrant, on lui demande à la fin de « voir » et de « regarder » le défunt. Mais voir quoi dans le défunt, si ce n’est cet « autre Christ » qu’il est devenu depuis son baptême.  C’est finalement le mémorial de la grâce et de l’onction baptismale, d’être « marqué », d’avoir « revêtu le Christ » qui est ici suggérée par le chant du « Subvenite » au moment de la procession. Si être regardé par Dieu devient le point culminant de la prière du « Subvenite », comment comprendre davantage le sens de ce regard ?

C’est pourquoi dans un 4ème temps, nous avons mis en correspondance la narration du « Subvenite » avec un 2 extraits du « canon romain ». Le commentaire du 1er paragraphe du « canon romain » et de l’expression scripturaire du « regard », nous a confirmé l’interprétation de la procession d’entrée de la dépouille du défunt comme une « procession d’offrande » à part entière. C’est la communauté qui offre à Dieu, le corps de son défunt, dans l’Offrande du Fils ! Quant au commentaire du 2ème paragraphe, il nous a permis du découvrir que le répons du « subvenite » invoquant la venue des anges, puis demandant à ce qu’ils « reçoivent » l’âme et « l’offre » à Dieu est en parfaite synchronie avec le récit du « canon romain ». Par conséquent le répons du « Subvenite » place la prière pour les défunts dans la perspective sacerdotale de l’Ascension. En offrant le corps d’un défunt dans la procession d’entrée, le chant du « Subvenite » nous met en lien avec l’Offrande éternelle du Christ à son Père, et de son entrée au ciel. Ainsi nous sommes sûrs alors, qu’avec ce chant, l’entrée dans l’église de la dépouille d’un défunt devient l’image de son ascension, dans l’Ascension du Christ auprès de son Père!

Le chant du « Subvenite » atteste la foi eucharistique en lien avec la perspective sacerdotale de l’Ascension : C’est ce qui donne sens à la liturgie pour les défunts et qui permet d’authentifier cet « entre d’eux » entre le « Jugement Particulier » et le « Jugement Dernier ». Pour que dans cet « entre d’eux », la communauté offre la dépouille mortelle du défunt dans l’Offrande éternelle du Christ à son Père. Que l’offrande de la dépouille mortelle soit le signe de son ascension, dans l’Ascension du Christ auprès de son Père. Pour qu’au bout du compte, dans cette offrande et dans cette ascension, Dieu puisse « regarder » le défunt en y voyant son Fils bien-aimé.

transport-dun-ame-bouguereau dans Ecrits personnels

Il est frappant de voir comment le peintre BOUGUEREAU (1825-1905) a réalisé un tabelau en 1878 « Transport d’une âme » dont la réalisation picturale exprime à merveille cette théologie eucharistique en lien avec l’interprétation sacerdotale de l’Ascension, comment étant la source de la prière et de l’espérance chrétienne pour les défunts entre le « Jugement Particulier » et le « Jugement Dernier« .

Je ne peux que vous inviter à réentendre la musique du « SUBVENITE », et tout en l’entendant, de regarder le tableau…

Ecouter et vous comprendrez !

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