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… Là où il y a la haine, que je mette l’amour… 14 janvier 2015

Posté par unpretre dans : Ecrits personnels,Emissions musicales pour la radio , trackback

Voici un article publié sur le blog de l’émission radiophonique STELLA SACRA le lundi 12 janvier 2015, suite aux évènement du 7 janvier 2015. Une modeste contribution pour qu’il y ait plus d’amour et de respect entre les hommes…

Saint François d'Assise

…Cet extrait d’une célèbre prière chrétienne pour la paix, faussement attribuée à saint François d’Assise, peut ressurgir de la mémoire et pourrait jaillir sur les lèvres de toutes personnes de bonne volonté, face à l’atrocité des actes d’un 7 janvier 2015 qui ont endeuillé la France…

Pourtant, la mémoire des uns, ne peut nous permettre un aveuglement (même temporel ou momentané) sur celle des autres…

Pourtant, ni le deuil national et l’omniprésence médiatique, qui tout en couvrant respectueusement nos morts d’un catafalque de reconnaissances posthumes et d’émotions face à la barbarie, ne peuvent nous enfermer dans nos frontières, pourtant ouvertes… Nous ne pouvons oublier ni mettre sous silence,  toutes les autres formes de violences extrêmes qui ont également eu lieu entre temps…(par exemple Nigeria ou autres pays pour le présent… Autres lieux et pays pour le passé)

Finalement et hélas, la haine et la violence (comme la bêtise…) sont universelles!

L’engagement à lutter contre ces dernières est un combat tout aussi universel, dont aucun parti politique, aucune Nation, aucune religion, ne peut s’en octroyer la possession, ni même se battre indirectement (comme pour les fanatiques de tous genres…) pour s’en revendiquer l’initiateur ou l’organisateur.

Bien modestement voici un billet perso avec quelques pièces de musique sacrée de Francis POULENC (1899-1963), composées sur d’autres textes de saint François d’Assise (1182-1226) ainsi que « Ubi caritas et amor » de Paul MEALOR (1975-), afin de laisser entrevoir comment la musique a bien des égards, a pour vocation d’être éducatrice et d’appeler à vivre ensemble dans le respect des différences.

... Là où il y a la haine, que je mette l'amour... dans Ecrits personnels trans

Tout d’abord, revenons sur la prière pour la paix, que l’on a faussement attribué à saint François d’Assise.

Voici le texte original:

Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix.
Là où il y a de la haine, que je mette l’amour.
Là où il y a l’offense, que je mette le pardon.
Là où il y a la discorde, que je mette l’union.
Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité.
Là où il y a le doute, que je mette la foi.
Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où il y a les ténèbres, que je mette votre lumière.
Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.
Ô Maître, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer, car c’est en donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on trouve, c’est en pardonnant qu’on est pardonné, c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.

C’est dans une revue appelée « La clochette« , qu’en décembre 1912 un prêtre français la publie comme prière recommandée pendant la messe. Mais c’est un texte anonyme. En 1927 et pour la première fois dans la publication, le nom de saint François d’Assise est associé à cette prière, par un mouvement de pacifistes protestants français. La chaine KTO consacra une émission complète sur la figure de saint François d’Assise avec Ludovic VIALLET de l’université de Clermont-Ferrand II et Pierre MORACCHINI de la bibliothèque franciscaine des Capucins de Paris. L’auteur Christian RENOUX a montré dans son ouvrage: La prière pour la paix attribuée à saint François : une énigme à résoudre (Paris, Éditions franciscaines, 2001) que l’on pense que c’est entre 1925 et 1927 que l’on passe d’une prière anonyme, à un attribution par erreur à saint François d’Assise. Cette prière aura une expansion mondiale, surtout durant la seconde guerre mondiale, grâce entres autres aux Américains, dont le cardinal SPELLMAN archevêque de New York, qui la diffusent à des millions d’exemplaires. Même si la thématique du texte de cette prière est en harmonie sur un grand nombre de points avec la mystique et les écrits de saint François d’Assise, on est certain que ce texte n’est pas de lui.

Mais cependant, cette prière pour la paix a su insuffler une dynamique assez impressionnante chez beaucoup de personnes, ainsi qu’un élan humaniste et pacifiste. C’est dans l’élan, qu’Assise est devenu aussi un lieu de rencontre en faveur de la paix.

Assise

Le compositeur Francis POULENC a été marqué, lorsqu’il est venu en visite à Assise, par le chant de l’Office divin des frères mineurs dans la basilique inférieure. Il avait un petit neveu, le frère Jérome POULENC, qui était entré chez les frères mineurs, au scholasticat de Champfleury (près de Poissy) pour la province de Paris. Ce dernier, avec d’autres jeunes frères, avaient sélectionné plusieurs textes de saint François d’Assise pour demander à Francis POULENC de les mettre en musique. Ce fût donc en 1948 que le compositeur choisit 4 textes parmi la sélection, et composa pour voix d’hommes (2 voix de barytons, ténors et basses) le cycle « Quatre prières de saint François d’Assise« .

En hommage et en appel pour « s’engager à mettre » de l’amour, là où il y a la haine… Voici ces 4 prières de Francis POULENC!

Francis POULENC

1) Salut Dame sainte:

Salut, Dame Sainte, reine très sainte, mère de Dieu,
ô Marie qui êtes vierge perpétuellement,
élue par le très saint Père du Ciel,
consacrée par Lui avec son très saint Fils bien aimé et l’Esprit Paraclet,
vous en qui fut et demeure toute plénitude de grâce et tout bien !
 
Salut, palais ; salut, tabernacle ;
salut, maison ; salut, vêtement ; salut, servante ; salut, mère de Dieu !
Et salut à vous toutes,
saintes vertus qui par la grâce et l’illumination du Saint Esprit,
êtes versées dans les cœurs des fidèles et, d’infidèles que nous sommes,
nous rendez fidèles à Dieu !
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2) Tout-Puissant, très saint:

Tout puissant, très saint, très haut et souverain Dieu ;
souverain bien, bien universel, bien total ;
toi qui seul est bon ;
puissions-nous te rendre toute louange, toute gloire,
toute reconnaissance, tout honneur, toute bénédiction ;
puissions-nous te rapporter toujours à toi tous les biens. Amen.
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3) Seigneur, je vous en prie:

Seigneur, je vous en prie,
que la force brûlante et douce de votre amour
absorbe mon âme et la retire de tout ce qui est sous le ciel
afin que je meure par amour de votre amour,
puisque vous avez daigné mourir par amour de mon amour.
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4) O mes très cher frères:

O mes très chers frères
et mes enfants bénis pour toute l’éternité,
écoutez-moi, écoutez la voix de votre Père :
 
Nous avons promis de grandes choses,
on nous a promis de plus grandes ;
gardons les unes et soupirons après les autres.
Le plaisir est court, la peine éternelle.
La souffrance est légère, la gloire infinie.
 
Beaucoup sont appelés, peu sont élus,
tous recevront ce qu’ils auront mérité. Ainsi soit-il.
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Il est intéressant de noter que la dernière pièce est une exhortation de saint François d’Assise envers ses frères mineurs. La pièce ne fait que 26 mesures. mais ce n’est pas moins de 5 organisations différentes des 4 voix que la pièce met en oeuvre!
Afin de « mettre » l’amour là où il y a la haine, peut-être pourrions-nous nous inspirer de cette citation de Jacqueline DE ROMILLY (1913-2010) et rechercher courageusement un chemin de sagesse. (En remerciant celui qui a partagé cette citation sur internet…)

« Apprendre à penser, à réfléchir, à être précis, à peser les termes de son discours, à échanger les concepts, à écouter l’autre, c’est être capable de dialoguer, c’est le seul moyen d’endiguer la violence effrayante qui monte autour de nous. La parole est le rempart contre la bestialité. Quand on ne sait pas, quand on ne peut pas s’exprimer, quand on ne manie que de vagues approximations, comme beaucoup de jeunes de nos jours, quand la parole n’est pas suffisante pour être entendue, pas assez élaborée parce que la pensée est confuse et embrouillée, il ne reste que les poings, les coups, la violence fruste, stupide, aveugle. Et c’est ce qui menace d’engloutir notre idéal occidental et humaniste.« 

Par3671891

NB: C’est à partir de ce scholasticat et dans cette fin des année 1940 (donc à la période de composition), que les frères mineurs vont lancer le projet d’un Centre d’étude de Théologie, qui deviendra le célèbre couvent de la Clarté-Dieu d’Orsay, dessiné selon le souhait du père Pol de Léon par deux frères: frère Alphonse (ingénieur agronome) et frère Ludovic (docteur en droit), assistés d’un jeune architecte proche des franciscains: Emmanuel BESNARD-BERNADAC (1924-2013). Ce couvent, réalisé entre le 9 janvier 1955 (pose de la première pierre) et le 4 juillet 1956 (inauguration) a fait l’objet de très nombreuses publications très élogieuses dans la presse locale et nationale, ainsi que dans les revues spécialisées – en France comme à l’étranger, tant en architecture qu’en art sacré, eu égard à l’audace du projet. Dans le projet rédigé, il y a deux notes préliminaires essentielles pour comprendre la conception et la réalisation de cette construction: la première sur «  l’esprit qui doit présider à une construction franciscaine », la  seconde  sur  «  le  caractère  religieux  dans  l’architecture  ». Ces notes adoptent  les  idées  régulièrement développées par le père REGAMEY dans la revue l’Art Sacré (1935-1969) incitant à un renouveau puisant dans l’art et les techniques novatrices et contemporaines.

Clarté-Dieu, couvent francsicain

Peut-être alors que cette recherche de sagesse, cette quête engagée d’aller mettre l’amour là où il n’est pas, trouvent un écho dans les premiers mots de cette hymne anonyme de l’Eglise Catholique, dont on pense qu’elle a été composée avant le Xème siècle..

« Ubi caritas et amor…« 

« Où sont charité et amour… »

Pour toutes personnes de bonne volonté cela pourrait être une question pour guider la recherche de toute une vie…

Oui, aujourd’hui encore « Où sont amour et charité???« 

Qui peut me répondre???

Pour les chrétiens, le reste du verset est une confession de foi: Dieu est présent là où se trouvent la charité et l’amour.

Ainsi, que l’on recherche un idéal de vie ou un absolu sans lien avec la religion; ou bien que l’on aille jusqu’à rechercher Dieu, la première partie de cette hymne a une portée universelle: c’est un bien commun audible et compréhensible par tous.

Pour en savoir un peu plus, l’Eglise catholique fait chanter cette hymne avant tout lors de la célébration du Jeudi-Saint, au moment du memento du geste du « lavement des pieds » par Jésus à ses disciples. La tradition liturgique nomme ce geste le « mandatum« , c’est à dire le mandat, la recommandation au sens d’héritage. Chacune des trois strophes de l’hymne est structurée en 5 versets. Le premier verset est une sorte de refrain (Ubi caritas et amor, deus ibi est) qui commence chaque strophe. Puis viennent 4 autres versets qui peuvent se grouper par deux. Ainsi structurée, on pense que chaque strophe est un héritage de la psalmodie antiphonée, c’est à dire refrain qui rythme l’alternance de 2 choeurs (Refrain-Choeur 1-Choeur 2-Refrain…)

Voici le reste du texte de cette hymne, qui pourrait peut-être inspirer une action (je pense au 2ème couplet) pour mettre de l’amour, là où se trouve la haine…

Là où sont la charité et l’amour, Dieu est présent.
L’amour du Christ nous a rassemblés et nous sommes un.
Exultons et réjouissons-nous en lui.
Craignons et aimons le Dieu vivant
et aimons-nous les un les autres d’un cœur sincère.
Là où sont la charité et l’amour, Dieu est présent.
Ne formons donc tous qu’un seul corps :
Ne soyons pas divisés de cœur, prenons garde.
Cessent les querelles méchantes, cessent les disputes.
Et que le Christ soit au milieu de nous.
Là où sont la charité et l’amour, Dieu est présent.
Qu’avec les bienheureux, nous voyions
Votre glorieux visage, ô Christ Dieu,
Joie immense et divine;
Pendant la durée infinie des siècles.
Ainsi soit-il.

Voici la version de la première strophe encore trop peu connue de Paul MEALOR (1975-).

Paul MEALOR

Son travail harmonique des voix au service du texte met résolument en exergue la demande que constitue le début du premier verset « Ubi caritas et amor« . Au fur et à mesure du morceau, cette section s’isole et devient plus qu’un refrain! Elle devient une litanie, où l’acte de foi se fait discret devant la question cruciale: où sont charité et amour… Cela conduit au final où la voix soliste d’un enfant redemande une dernière fois, en citant l’antique mélodie grégorienne, la question essentielle…

Image de prévisualisation YouTube

En faisant le souhait que les mots, la musique et l’harmonie, entretiennent en celui ou celle qui écoute, un désir et une recherche; ainsi qu’un engagement pour qu’il y ait plus d’amour et de charité autour de nous.

Emmanuel BOHLER.

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